Pourquoi la solitude est une question théologique

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Par John Dougherty

Le père Gerard Ryan, SJ, tient à vous dire que vous n’êtes pas seul. Ce n’est pas un simple cri du cœur, car la lutte contre la solitude est au centre de ses travaux universitaires. « À mon humble niveau, je désire que mes recherches donnent une voix à cette profonde souffrance pastorale et qu’elles suscitent la réflexion de celles et ceux qui s’y intéressent. J’espère suggérer, avec douceur et avec fermeté, qu’une autre réponse est possible : une réponse ancrée dans la solidarité, la bienveillance et la conviction qu’aucun enfant, aucune personne, ne devrait être laissé seul face à sa souffrance. » 

Un appel à la rencontre de l’autre 

Originaire de Tipperary, en Irlande, le jeune Gerard a découvert sa vocation jésuite lors d’un stage d’été à L’Arche Daybreak de Richmond Hill, en Ontario. Il y a beaucoup aimé son travail et y est resté trois ans et demi. Durant cette période, le père Ron Mercier, SJ, alors doyen du Regis College, a été son accompagnateur spirituel. Au fil de leurs rencontres, Gerard a discerné un appel à la vie religieuse, et il est entré dans la Compagnie de Jésus en 2002. 

Aujourd’hui, il enseigne au Regis College et à la Faculté de théologie de Regis-St. Michael’s à l’Université de Toronto. Il est notamment professeur de théologie politique et titulaire de la Chaire sur le dialogue interreligieux des Missions de Scarborough. Il accompagne également les étudiants en tant que directeur des programmes de formation au ministère, où il veille à leur développement intellectuel et pastoral. 

« Le père Ryan excelle dans l’art de créer un esprit de communauté chez nos étudiants. Il témoigne d’un intérêt sincère pour les joies et les espoirs de chacun et d’une compassion qui confirme sa conviction qu’ils sont tous créés à l’image de Dieu », estime le professeur Jaroslav Skira, doyen de la Faculté de théologie de Regis-St. Michael’s. Il connaît le père Ryan depuis ses études à Regis et le considère comme un collègue et un ami. 

« L’ancrage profond du père Ryan dans la spiritualité ignatienne nourrit son engagement pour la justice sociale et l’affirmation de la dignité humaine, tant dans son excellent travail universitaire que dans son apostolat, ajoute-t-il. Ses recherches s’inscrivent dans un vrai dialogue interdisciplinaire et culturel et mettent en lumière certaines des plus belles caractéristiques de l’éducation jésuite. » 

« Ma vocation m’appelle à témoigner de l’inclusion, du sentiment d’appartenance et de la dignité inhérente à chaque personne », affirme le père Ryan. Il espère que son travail permettra de « briser le tabou de la honte et du silence, et d’ouvrir ainsi la voie à l’espérance ».  

« Ma vocation m’appelle à témoigner de l’inclusion, du sentiment d’appartenance et de la dignité inhérente à chaque personne. » – Gerard Ryan, SJ 

Chercher les racines de la solitude 

Ainsi, une grande partie des travaux universitaires du père Ryan porte sur la théorie de la reconnaissance et de son lien avec la théologie. La reconnaissance, explique-t-il, est « une pratique relationnelle et dynamique qui se déploie entre les personnes ». Elle va au-delà de la « conscience » qu’on a d’autrui dans les interactions quotidiennes et « suppose une attitude plus profonde d’estime et d’appréciation de l’autre en tant qu’être humain distinct ». Cette reconnaissance s’enracine dans la dignité essentielle donnée par Dieu à chaque personne humaine. 

Ce type de rapport peut sembler aller de soi ; toutefois, selon le père Ryan, il est dangereusement compromis dans le monde d’aujourd’hui. « Les structures de pouvoir, les expériences d’irrespect, les formes d’exclusion et les schémas de violence ont émoussé notre prédisposition instinctive à la relation, notre désir humain fondamental d’être ensemble, d’appartenir à un groupe et d’être présents les uns pour les autres. » La reconnaissance nous invite « non seulement à voir l’autre, mais aussi à rester avec lui, à honorer sa vulnérabilité et à reconnaître, au cœur de cette rencontre, la présence de Dieu ». 

La solitude a atteint des proportions épidémiques ces dernières années. Un rapport de Statistique Canada de 2021 révèle qu’une personne sur dix âgée de quinze ans et plus « se sent toujours ou souvent seule ».  

Loin d’être un simple état d’âme, comme le souligne le père Ryan, la solitude représente désormais « un appel pastoral et éthique urgent ». Inspirée par l’expérience de la pandémie de COVID-19 et soutenue par deux subventions de l’Association américaine pour l’avancement des sciences, sa recherche explore les conséquences de la solitude sur les individus et les groupes, afin d’aider les communautés croyantes à y répondre avec plus de compréhension et de sensibilité. « Je souhaite faire connaître les ressources abondantes de la théologie et des grandes traditions religieuses, qui peuvent contribuer à l’édification de sociétés plus résilientes, plus empathiques et plus accueillantes, des sociétés où la solitude n’est plus un facteur de honte, mais une condition humaine partagée qu’il est possible de nommer, d’accompagner et de prendre en charge. » 

« La solitude est fondamentalement une question de solidarité avec chaque être humain, explique encore le père Ryan. Elle nous invite à imaginer un monde où la construction humaine s’opère au sein de réseaux de relations empreintes d’amour, d’amitié sincère et de la certitude, fragile, mais réconfortante, que Dieu nous soutient tous. »  

Cette question entraîne des répercussions pour la société autant que pour la personne. « Lorsque de jeunes enfants à Gaza, au Soudan, en Haïti et en Ukraine sont exposés à la dévastation écologique, à la pauvreté endémique, à la guerre et à des destructions généralisées – que ce soit à cause du changement climatique ou de l’inhumanité de l’humanité envers elle-même –, ils ne subissent pas seulement des privations matérielles. Ils vivent aussi, inévitablement, un sentiment d’abandon et une profonde solitude qui découle de l’impression d’être oublié du monde. » 

« En fin de compte, mon travail vise à aider les individus et les communautés à cultiver des relations empreintes d’amour, d’empathie et de reconnaissance mutuelle, et à développer des formes d’appartenance qui permettent une transformation à la fois personnelle et collective. » 

Les centres de retraites jésuites sont des endroits où nous pouvons approfondir nos relations avec Dieu et les autres

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