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Par Eric Clayton
Aime ton prochain comme toi-même.
Aime ton prochain comme toi-même. Cette vénérable maxime, si souvent répétée, peut-elle encore répondre aux besoins pressants de notre monde ?
Oui, mais le problème, c’est que nous en oublions trop souvent l’étape clé, la première ! Nous oublions de nous aimer nous-mêmes. Et en fait, je crains bien que, pour la plupart d’entre nous, nous ayons même oublié comment faire pour nous aimer nous-mêmes.
Dans un monde en proie à la violence, à l’injustice, à la haine et à la peur, nous nous méfions naturellement de ce qui évoque, à première vue, une journée au spa. Or, ce commandement fondamental, aime ton prochain comme toi-même, n’est pas qu’un enseignement utile et encore moins un faux-fuyant nous autorisant à nous soustraire à nos responsabilités envers les autres. Il s’agit d’une mise en garde.
« Nous arriverons à aimer notre prochain que si nous savons nous aimer nous-mêmes de la bonne manière. »
En résumé, nous arriverons à aimer notre prochain si nous savons nous aimer nous-mêmes de la bonne manière.
Pourquoi jugeons-nous les autres ?
Prenons un exemple : la malédiction du perfectionniste ne se limite pas au désir irrépressible de réussir dans tous les domaines. Le perfectionniste – et je parle ici de moi – s’impose des normes irréalistes et se reproche lourdement de ne pas les respecter.
Mais il vit quelque chose d’encore plus sinistre, car il en vient à projeter ce désir pervers d’excellence sur ses amis, sa famille, ses collègues et ses voisins. Déjà en proie à sa propre quête insensée d’une grandeur hors d’atteinte, il impose aux autres les mêmes barèmes impossibles. Et lorsqu’ils ne parviennent pas à atteindre les objectifs qu’il leur a fixés, il les méprise, les regarde de haut, les rabaisse et les tourne en ridicule. Il tente inconsciemment de combler les lacunes de sa propre image de soi en mettant au jour les fissures dans celles des autres. Comment échapper à ce cercle faussement vertueux ?
Un chemin vers la liberté intérieure
La spiritualité ignatienne nous ouvre une voie : la cura personalis. L’expression latine signifie « prendre soin de la personne dans sa globalité, traiter toute la personne ». C’est important ! Nous pourrions aller jusqu’à inscrire la cura personalis dans le précepte de l’Écriture : prendre soin de toute la personne d’autrui comme nous prenons soin de toute notre propre personne.
« Ne pas s’aimer soi-même, c’est lancer une pierre dans un lac obscur : il y aura des répercussions et des conséquences imprévisibles. »
Commençons par nous tourner vers l’intérieur, vers la plénitude de ce que nous sommes : corps, âme et esprit. Et interrogeons nos désirs et nos besoins, nos espoirs et nos blessures, nos succès et nos échecs. Souffrons-nous de perfectionnisme, d’anxiété, de peur ? Comment prenons-nous soin de notre corps et comment le nourrissons-nous ? Ces questions exigent des réponses et des actions concrètes.
Commencer par rendre grâce

La clé de l’examen est la gratitude, l’action de grâce. En commençant par rendre grâce, nous élargissons notre horizon intérieur. Nous prenons conscience que même les mauvais jours sont traversés par les rayons de la grâce. Nous nous rappelons notre bonté inhérente. Notre monde s’ouvre alors sur de nouvelles possibilités, tandis que lorsque nous nous enfermons dans l’amertume, notre monde se rétrécit et fait fondre avec lui tout espoir de manifester la paix, la justice et la compassion.
« En commençant par rendre grâce, nous élargissons notre horizon intérieur. »
Il s’agit donc de se tourner d’abord vers soi-même, de s’aimer soi-même. Il faut prendre soin de ce que nous sommes dans toute notre personne pour ensuite nous découvrir capables d’aller vers les autres et de prendre soin d’eux. Pour ce faire, nous regardons leur personne dans sa globalité et nous résistons à la tentation de ramener nos amis, nos proches, nos collègues et nos voisins à leur pire gaffe ou à leur plus grande faiblesse. Au contraire, nous les voyons, et nous les aimons, dans leur totalité.
Aimez votre prochain comme vous-même. Prenez soin de la totalité de chaque personne et découvrez de nouvelles possibilités. La paix et la justice grandissent. Les racines de la communauté se nourrissent et s’étendent. Nous nous voyons les uns les autres non pas dans ce qui nous manque – ou en fonction de ce que nous espérons obtenir –, mais dans la lumière de ce que nous pouvons construire tous ensemble.
Vous souhaitez approfondir ce cheminement ? Nos centres de spiritualité offrent des espaces sacrés où explorer ces pratiques ignatiennes de contemplation et de discernement, et apprendre à préparer le règne de la justice et de la paix.
