Par Peter Bisson, SJ
Ce n’est pas seulement le talent littéraire qui a poussé sœur Eva Solomon CSJ, membre de la tribu anishinaabe à intituler son dernier ouvrage théologique, paru chez Novalis en 2022, Entrez dans la danse (Come Dance with Me). Son titre exprime les dons spirituels d’espoir et de joie qui sont très présents chez les peuples autochtones.
Les peuples autochtones ont été colonisés pendant 500 ans. Leur monde leur a été enlevé, et ils ont été contraints de vivre dans un monde qui n’était pas le leur, ce qui leur a causé d’innombrables problèmes graves. Malgré des fardeaux écrasants, ils n’ont pas perdu leur spiritualité. Comme l’a souligné Mathieu Lavigne, directeur de Mission chez nous, à Montréal, lors d’un récent webinaire, les peuples autochtones ne sont pas seulement enracinés dans leurs ancêtres et la création, mais aussi dans le Créateur. C’est, je crois, la source de leur résilience et de leur espoir, de leur humour et de leur joie, ainsi que de leur croissance récente et de leur retour à la vitalité dans leurs communautés. Cela n’enlève rien aux problèmes, mais c’est une source de vie qui peut favoriser la résilience et la créativité.
Dans l’Église, nous pouvons être tentés de penser que nos relations avec les Autochtones sont un exemple d’accompagnement des personnes marginalisées. Mais sous quel angle apparaissent-ils marginalisés ? Et en marge de quoi ? Jésus n’a-t-il pas dit que les derniers seront les premiers ?
Les Écritures répètent de centaines de façons que la centralité de Dieu et des choses de l’esprit sont essentielles pour bien vivre. Les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola disent la même chose, et leur point culminant dans la Contemplation pour aimer comme Dieu voit Dieu présent et agissant en toutes choses, les rendant saintes. Une fois que nous avons reconnu la douloureuse vérité d’avoir contribué aux fardeaux et à l’injustice de la colonisation, les yeux de notre compréhension s’ouvrent et nous commençons à reconnaître que, au-delà du besoin d’accompagnement, les peuples autochtones nous indiquent le chemin vers Dieu.
Le philosophe contemporain Mohamed Amer Meziane (Au bord des mondes, Vues de l’esprit, 2023) suggère que la première étape vers la domination des peuples et de la terre consiste à les dépouiller de leur dimension divine. Les peuples autochtones ne l’ont pas fait, mais les cultures occidentales l’ont fait. Cette suppression rend plus difficile la recherche du chemin vers Dieu. Avec la place centrale accordée aux choses de l’esprit, les peuples et les spiritualités autochtones rappellent, tel un message prophétique et en appui à l’Église, que nous vivons tous dans un Milieu divin. Ensemble, nous pouvons traiter cette sacralité avec le respect et l’amour qu’elle mérite, afin de pouvoir plus facilement trouver Dieu et être trouvés par Lui.
“Avec la place centrale accordée aux choses de l’esprit, les peuples et les spiritualités autochtones rappellent, tel un message prophétique et en appui à l’Église, que nous vivons tous dans un Milieu divin.”
Le père Peter Bisson, SJ, est un jésuite de la province canadienne. Il occupe actuellement le poste d’adjoint associé au provincial pour la justice et les relations avec les Autochtones. Il représente les Jésuites au Cercle Notre-Dame-de-Guadalupe, un réseau de leaders autochtones et non autochtones de l’Église catholique. Il a également été provincial des Jésuites au Canada anglais de 2012 à 2018.
Vous souhaitez aller plus loin ? Le guide À l’écoute des voix autochtones, un guide publié par le Jesuit Forum for Social Justice and Faith, propose une voie vers la compréhension des peuples autochtones au Canada, la réconciliation avec eux et la décolonisation. Cet outil essentiel nous aide à passer de la prise de conscience aux relations, et des bonnes intentions aux actions significatives.
