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Par Eric Clayton
Dans A Jesuit’s Guide to the Stars: Exploring Wonder, Beauty, and Science, le frère jésuite et célèbre planétologue Guy Consolmagno s’attache longuement à réfuter le concordisme. Cette doctrine affirme que l’Écriture et la science disent la même chose, que les textes bibliques contiennent des confirmations littérales des découvertes scientifiques modernes. Par exemple, en lisant Genèse 1,3 « Que la lumière soit ! », quelqu’un qui adhère à cette approche pourrait s’exclamer : « Vous voyez ! C’est le Big Bang ! Il était déjà écrit dans l’Écriture ! »
Aux yeux du frère Guy, le concordisme est une « tentation séduisante », mais il fusionne « la religion et la science d’une manière qui ne respecte ni leur autonomie ni leur spécificité ». La science et la religion, après tout, sont deux manières bien distinctes de comprendre le monde et de percevoir l’action de Dieu en lui. Elles posent des questions différentes sur l’expérience humaine et produisent, par conséquent, des savoirs différents. « Au fond, écrit le frère Guy, le concordisme oublie que ni la science ni la religion ne sont une fin en soi… Le but, c’est la vérité. »
Lors de mon entretien avec le frère Guy pour le balado AMDG, je l’ai invité à développer un peu sa position. Après tout, est-ce vraiment une si mauvaise idée de chercher dans les Écritures la confirmation de découvertes scientifiques ? Est-ce que cela ne viendrait pas éclairer davantage le dessein de Dieu sur la création ?
Réponse de l’astronome : n’allons pas confondre un recueil de poésie et un manuel d’utilisation d’une voiture neuve. L’un inspire, l’autre instruit. Les meilleures connaissances scientifiques actuelles vont nécessairement évoluer ; certaines, voire toutes, seront invalidées un jour. « Il ne faut pas lier sa conception de Dieu à quelque chose d’aussi provisoire que les meilleures connaissances scientifiques du moment. » Après tout, pour reprendre la métaphore du frère Guy, que se passerait-il si votre voiture faisait l’objet d’un rappel parce qu’une vis n’a pas été correctement serrée ou que le moteur est défectueux ? Votre manuel d’utilisation deviendrait incomplet, voire obsolète, et vous pourriez même devoir vous procurer un nouveau véhicule.
Si vous interprétez l’Écriture pour la faire correspondre à vos propres attentes, vous risquez de figer le texte sacré. En réalité, en imposant au texte de la Bible le filtre de votre interprétation « scientifique », vous évitez de vous laisser surprendre par l’Écriture, explique le frère Guy.
Et c’est peut-être là le point le plus important. Dans la tradition ignatienne, nous affirmons que Dieu est présent en toutes choses, même chez les personnes et dans les lieux qui semblent totalement dépourvus de divinité. Non, disons-nous, Dieu est là aussi, et il nous incombe de continuer à chercher, à poser les bonnes questions et à nous rendre toujours plus accessibles au Dieu de l’univers qui désire se révéler à nous. Notre Dieu qui se plaît à nous surprendre.
L’expérience religieuse est, fondamentalement, la recherche constante de Dieu présent en toutes choses.
Si nous prétendons tout savoir, si nous cessons de nous émerveiller devant Dieu et sa création, nous nous immobilisons. Dieu, lui, est toujours nouveau, toujours créateur. Et sa création est une invitation permanente à découvrir sans cesse quelque chose de nouveau sur Dieu et, du même coup, sur nous-mêmes et sur les autres.
L’expérience religieuse est, fondamentalement, la recherche constante de Dieu présent en toutes choses. La science nous fournit des outils et nous aide à donner un sens à ce que nous découvrons ; elle nous permet d’apprendre, de progresser et d’approfondir notre compréhension du monde de Dieu. Mais une vision scientifique du monde comporte une double exigence : il faut savoir s’appuyer sur les connaissances acquises et toujours valides, oui, mais aussi savoir rejeter celles qui ne sont plus pertinentes du fait des dernières découvertes de la science.
Dans la tradition ignatienne, nous ne craignons ni la science ni les questions. Au contraire, nous cultivons la curiosité, convaincus que Dieu laisse monter ces questions dans nos cœurs non pour nous troubler ou nous abattre, mais pour nous amener à percer les mystères de l’univers.
C’est une quête sacrée qui nous est confiée, quête que nous sommes appelés à embrasser à l’échelle cosmique comme sur le plan le plus personnel.
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