Histoires

Par Fannie Dionne

« Des hommes et des femmes pour les autres. » On entend souvent cette expression jésuite, notamment dans les écoles où les élèves font des expériences avec les personnes marginalisées. Mais qu’est-ce que cette expression signifie réellement ? Comment l’incarner au quotidien ? Pour le toujours très éclairant Michel « Jim » Lefebvre, SJ, on est d’abord des hommes et des femmes pour les autres par l’écoute de nos proches. 

photo : Tom Parson, Unsplash

En relation avec le monde 

La populaire expression « des hommes et des femmes pour les autres » constitue une référence directe à tout ce qui tourne autour de la solidarité ; c’est aussi un appel au dépassement de soi ; un appel à sortir de son milieu physique et intellectuel confortable et privilégié pour regarder à côté de soi et s’apercevoir que ce ne sont pas toutes les personnes qui possèdent ces privilèges. « C’est une invitation à avoir un regard différent, un regard plus intérieur, mais aussi un regard qui va plus loin. Ce n’est pas juste s’attacher à la personne devant soi, mais aussi se demander : qui est cette personne ? Que vit-elle ? Que puis-je faire pour elle ? », souligne Lefebvre.  

Ainsi, alors qu’on pense toujours aux gens défavorisés lorsqu’on entend « des hommes et des femmes pour les autres », ce principe englobe en fait tout le monde. « Je trouve que ce n’est pas assez bien compris. On a à être des hommes et des femmes pour les autres ; d’abord et avant tout envers ceux qui sont proches de nous, et ensuite, ça peut être envers un inconnu, mais il n’a pas besoin d’être défavorisé. Ça peut être quelqu’un qui apparemment va bien, mais à qui il arrive quelque chose un jour. C’est avoir l’ouverture de dire : “Est-ce que je peux faire quelque chose ? Est-ce que je peux t’aider ?” Déjà, cela nous force à sortir de nous-même et à aller vers l’autre. » Ainsi, ce principe jésuite est un prolongement du regard pour s’intéresser à l’autre, et pas seulement en ce qui relève de la difficulté ou de la misère. 

« On a à être des hommes et des femmes pour les autres ; d’abord et avant tout envers ceux qui sont proches de nous, et ensuite, ça peut être envers un inconnu, mais il n’a pas besoin d’être défavorisé. » 

S’ancrer en soi pour aller vers l’autre 

Avant d’être une femme ou un homme pour les autres, il faut d’abord avoir un minimum de vie intérieure. Et selon Lefebvre, cela fait souvent défaut.  

« Ce n’est pas que les gens ne sont pas gentils et ne veulent pas aider, mais la réflexion demeure toujours au premier degré : moi, qu’est-ce que ça m’apporte ? Mais après avoir fait un peu le portrait de ce qu’on est, on se demande si on est capable d’avoir une oreille attentive pour s’intéresser à l’autre. C’est le terrain préparatoire à une réflexion pour que cette devise puisse devenir concrète, applicable, et non pas juste un vague mot d’ordre. »  

Ainsi, la vie intérieure est la base pour ensuite s’ouvrir vers l’autre, pour tendre l’oreille et être avec les gens. Celle-ci est aussi essentielle pour percevoir les appels à l’aide, avoir une vision un peu plus profonde de ce qui apparaît au premier abord.  

La vie intérieure est la base pour ensuite s’ouvrir vers l’autre, pour tendre l’oreille et être avec les gens. 

photo : Annie Spratt, Unsplash

Si tout ce qui est un peu individualiste nous empêche de poser un regard sur l’autre, au contraire, la curiosité est une qualité pour devenir une personne pour les autres. Lefebvre explique que « si l’on n’est pas curieux de l’être humain, des gens qu’on fréquente, je ne vois pas pourquoi subitement l’autre représenterait pour nous un intérêt. Cette capacité à être ouvert à l’autre, à être à l’écoute de l’esprit, à prendre le temps de s’asseoir et de simplement écouter est un luxe que tous ne peuvent pas se permettre. Ce type d’accompagnement peut rendre inconfortable ou parfois le monde va trop vite et il est difficile d’aller au-delà de ce qui est superficiel. » 

Grandir avec les autres 

Entrer en relation avec les autres et être disponible pour eux implique aussi le fait de ne pas savoir ce qui va sortir de ce contact. Écouter n’a pas pour objectif d’obtenir quelque chose ou de se sentir heureux. Toutefois, si ce dialogue n’a pas un but utilitaire, la démarche nous apporte quelque chose, même si on n’est pas nécessairement capable de l’identifier ou de la nommer sur le coup.  

Selon Lefebvre, « d’avoir pris le temps d’écouter l’autre, d’entrer en relation, c’est déjà mission accomplie. Souvent, dans ce genre de conversation, la personne nous dit : “Merci beaucoup de m’avoir écouté.” On n’a pas donné de conseils, mais on a permis à une personne de s’exprimer plus clairement, de se dire. Aujourd’hui, on voudrait entrer en relation en sachant d’avance ce que ça va donner, alors qu’il faut être au contraire d’une grande humilité. On n’est pas des sauveurs. Mais si l’on peut permettre à la personne, par l’écoute, de faire un bout de chemin, mission accomplie. C’est déjà beaucoup. » 

« Mais si l’on peut permettre à la personne, par l’écoute, de faire un bout de chemin, mission accomplie. C’est déjà beaucoup.  »

Ainsi, nul besoin d’aller loin pour être une personne pour les autres. Il suffit de se découvrir et de s’ouvrir aux gens autour de nous. Mais dans le monde d’aujourd’hui, cela demande d’aller à contre-courant, de prendre du temps et d’accepter avec humilité le résultat de ces rencontres. 

Cet article fait partie de notre tout nouveau magazine.

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