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Par Michael Swan
Un lien relie les lichens sous nos pieds aux étoiles au-dessus de nous. Subtil et difficile à percevoir, il n’en est pas moins un don précieux pour deux scientifiques jésuites qui consacrent leurs journées à la recherche de nouvelles vérités qui les rapprochent – et qui nous rapprochent tous – de Dieu. Pour eux, la science et la foi convergent : ce sont deux voies qui permettent de chercher la vérité et de s’émerveiller devant le monde.
Enraciné dans la science et la foi
« À dire vrai, je rends grâce tous les jours », nous confie le père John McCarthy, jésuite depuis 44 ans, qui a donné son nom à une espèce de lichen nouvellement découvert (Acarospora maccarthyi).
Enfant, il arpentait les sentiers et les berges des rivières de Terre-Neuve avec son père pêcheur et il passait son temps scolaire à lire tout ce qu’il pouvait trouver sur la succession écologique et sur des sujets connexes. « J’étais un vrai passionné », avoue-t-il.
Entré dans la Compagnie à 25 ans, après avoir obtenu une maîtrise en sciences des sols et reporté le doctorat, le père McCarthy a eu peine à croire sa chance lorsque, peu après son ordination, son supérieur provincial lui a demandé d’aller chercher ce doctorat.
Toujours aussi heureux, il est actuellement associé de recherche en lichénologie au Département des archives et des collections de la Rooms Corporation de Terre-Neuve-et-Labrador (un musée provincial). « J’adore le travail et la recherche de terrain ; pas question de rêver à la retraite. Pour moi, c’est une véritable passion. »

Ses travaux portent également sur la crise écologique, qu’il perçoit comme « une rupture de notre relation d’intimité et d’amour avec Dieu et sa Création. Je crois fermement que seule une rencontre intime avec la Trinité créatrice, au plus profond de notre cœur et de nos actions, permettra au monde de révéler pleinement sa magnificence et sa beauté. »
« Nous sommes tous en quête de vérité. » – P. John McCarthy, SJ
Scruter Dieu et les données
Le père Adam Hincks, SJ, étudie, quant à lui, le fond diffus cosmologique, dans lequel on retrouve les vestiges de l’énergie libérée par le Big Bang à l’aube de notre Univers. Il fait partie d’une communauté de scientifiques qui se retrouvent tout récemment plongés dans un océan de données inédites, provenant des tout nouveaux observatoires et télescopes installés dans le désert d’Atacama au Chili.
« Nous recevons deux téraoctets et demi de données par jour, explique l’astronome jésuite. Dans mon domaine, nous nous posons des questions fondamentales. À quoi ressemblait l’Univers au moment de sa création ? S’est-il dilaté ? Qu’est-ce que l’énergie sombre ? Quelle est la masse d’un neutrino ? Autant de choses que nous ignorons encore. »
Comme la plupart des professeurs de l’Université de Toronto, le père Hincks consacre environ 40 % de son temps à l’enseignement ; le reste est réservé à la recherche et au service à la communauté. Il s’investit également dans un travail pastoral, une activité très importante pour lui. La différence tient à la portée de son enseignement : il enseigne à la fois au Département d’astronomie de la Faculté des sciences de l’Université de Toronto et au programme « Christianisme et culture » du St. Michael’s College.

Pour le cours d’introduction à l’astronomie, Astronomie 101, il s’adresse à près de 1 500 étudiants dans le grand amphithéâtre de l’université, tandis que ses cours plus « intimistes » sur le christianisme et la culture, tels que La Bible et le Big Bang, lui permettent de guider les étudiants vers une nouvelle rencontre avec l’univers. « Trouver Dieu en toutes choses, la maxime ignatienne, me rejoint profondément, confie le père Hincks. Pour moi, c’est une conviction. »
Trouver Dieu en toutes choses
Certains perçoivent et entretiennent une prétendue dichotomie entre science et foi, ce qui n’est absolument pas le cas du père McCarthy, auteur de Do Monkeys Go to Heaven ? Finding God in All Creation. « Que voulez-vous dire ? Nous sommes tous en quête de vérité. » Pour lui, la joie d’être scientifique réside dans le projet commun d’une recherche ouverte, honnête et méthodique. « J’aime évoluer dans ce monde où l’on peut dialoguer en partant du principe que notre interlocuteur est de bonne volonté. »
« Il y a une conception réductrice de la science qui prétend que toutes les questions qui méritent d’être posées vont trouver une réponse dans la science, explique le père Hincks. Je ne suis pas de cet avis. » L’image caricaturale du scientifique, homme froid et impassible qui dicte la vérité du haut de son laboratoire, perd de son emprise. Chez ses étudiants et ses collègues de l’Université de Toronto, l’astronome constate que l’ancien clivage entre science et foi est dans une impasse.

Comme son confrère, le père Hincks sait qu’il a de la chance. « Je suis dans une position enviable : l’astronomie est l’une des sciences les moins politisées, ce qui est un atout considérable, explique-t-il. Les gens adorent l’astronomie… Nous en avons tous fait un peu si nous avons un lien avec le ciel. Elle peut donc apporter un vent de fraîcheur au débat culturel. Elle n’est ni traditionnelle ni progressiste. L’astronomie reste une expérience profondément humaine qui nous relie au cosmos. »
« Je vois tout ça comme un seul monde, souligne le père McCarthy. C’est un seul monde à propos duquel nous nous posons des questions différentes à différents niveaux. Que ce soit sous l’angle scientifique, religieux ou éthique, tout cela fait partie d’un seul et même projet. Nous recherchons la vérité : ce qui donne du sens. »
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