Histoires

Plus grand que Baltimore, / le catéchisme COVID / instruit le monde / sur tous les sujets peu étudiés / les aléas et les orthodoxies / d’une foi qui commence à peine / à se faire une idée de la profondeur / de sa fragilité. – Greg Kennedy

Depuis mars au Canada, la COVID-19 a eu un impact sur tous les aspects de nos vies, et nous avons déjà partagé les changements reliés au travail. Toutefois, «l’expérience spirituelle est fondamentale dans la vie de tout chrétien », rappelle Frantz Georges, SJ. Quel a alors été l’impact de la pandémie sur cet aspect fondamental pour la Province jésuite du Canada? Qu’est-ce qui les a aidés les jésuites et collègues à ressentir plus d’énergie, de connexion ou de zèle? Comment ont-ils ressenti la présence de Dieu? À travers différents témoignages, nous voyons un même esprit, un même cœur et un même espoir lier les membres de la province, dont Angela Kruger (Chief of Staff du Sanctuaire des Martyrs), Brook Stacey, SJ, Frantz Georges, SJ, Marc Rizzetto, SJ, Greg Kennedy, SJ et Fannie Dionne (agente de communication de la province).

Trouver Dieu en des temps incertains

«Il est évident que cette pandémie n’a été facile pour personne. Trouver Dieu en des temps incertains est difficile», commence Brook Stacey, avant de détailler la rupture du temps qui s’est installée en mars.

Avant, nos vies «normales» étaient remplies de structure, de routine, de délais et d’objectifs. Une grande partie de cette situation a été bouleversée. La froide réalité qui consiste à réaliser ce qui sera notre nouvelle normalité s’installe. Avant, ma prière était remplie de : «Dieu, aide-moi à accomplir cette tâche, aide-moi à bien faire ce projet, aide-moi à bien parler, à bien enseigner… Dieu, aide-moi à discerner le bon chemin à suivre. Dieu, aidez-moi à prendre la bonne décision». Ces prières orientées vers l’avenir semblent dénuées de sens maintenant, au milieu de tant d’incertitudes.

Ces incertitudes font écho à celles de Mme Kruger : «pour la toute première fois, en raison de la pandémie COVID-19, le Sanctuaire des Martyrs n’a pas pu ouvrir en mai et accueillir les pèlerins sur ses terres sacrées. Au début, je ne savais pas comment nous pouvions encore être présents auprès des gens alors que nous étions fermés.»

Le souci des autres a animé Mme Dionne également.

Durant les premières semaines de la pandémie, alors que le même le printemps avait du mal à s’installer, un vent de désolation a soufflé. Tout changeait trop vite. Sous le flot constant des nouvelles et des nouvelles consignes, m’ajustant au travail à distance avec des enfants, je voyais apparaître plus clairement qu’avant mes privilèges ainsi que les fractures sociales autrement mieux camouflées. Comment allaient se laver les mains pendant 20 secondes ceux qui n’ont pas accès à de l’eau potable? Comment les mères monoparentales travaillant en épicerie allaient-elles s’arranger? Et ailleurs, que se passerait-il quand la COVID-19 allait frapper les camps de réfugiés?

Trouver Dieu en soi et autour de soi

Malgré la désolation et les difficultés, tous les témoignages s’accordent pour dire que Dieu s’est manifesté de différentes manières, notamment par la grâce de goûter le temps présent. M. Stacey a ainsi passé plus de temps avec Jésus.

Récemment, j’ai trouvé un peu de grâce. Il m’est venu à l’esprit dans la prière que ce n’est peut-être pas le moment de faire des projets. C’est simplement un moment pour ralentir et passer du temps avec Jésus. Il y a tellement de choses qui échappent à mon contrôle. Donc, ma prière a été de m’asseoir et de passer du temps avec Jésus. Apprécier sa compagnie. Peut-être que je pourrai alors apprendre à lui ressembler davantage – à pouvoir dormir dans le bateau malgré les vagues de la mer qui font rage autour de moi. 

Le temps est aussi au cœur de la réflexion du P. Rizzetto:

Le texte Ecclésiaste 3, 1-15 m’a aidé à me centrer sur ce qui est fondamental, car il y a un temps pour tout. Mais dans tout ça Dieu est resté fidèlement le même, il continue de m’accompagner discrètement à travers les joies et les difficultés qui me sont données de vivre. La crise sanitaire jumelée aux mesures de confinement aura été l’occasion de revisiter mes priorités dans ce nouveau contexte. Soudainement, j’avais du temps, du temps pour me reposer, pour visionner des films, pour marcher, pour faire mille et une choses dans les limites du confinement. Je devais donc utiliser ce temps le mieux possible en ordonnant mes priorités, commençant par la plus importante. 

«Pendant ce temps, j’essaie de me concentrer sur le ralentissement et d’entrer plus profondément dans ma propre vie de prière personnelle», continue Mme Kruger. «Je suis reconnaissante pour ma famille, pour la santé de ma famille et pour la prise de conscience du peu de choses dont nous avons besoin pour être en sécurité et heureux.»

Comme Mme Kruger, Mme Dionne souligne l’importance de contempler les bonheurs quotidiens: «Cette pandémie m’a fait réaliser le bonheur des petites choses. Pouvoir profiter d’un rayon de soleil en travaillant dans ma cour. Dîner avec mes enfants chaque jour et les voir grandir en autonomie. Savourer les moments passés même à distance avec mes parents. Moins courir et plus profiter de la vie.»

L’union avec les autres

En plus de prendre du temps pour soi et soigner sa relation avec Dieu, la pandémie a été l’occasion de se connecter aux autres. C’est ce qu’explique M. Georges:

D’une manière personnelle, je me sens connecté par la prière avec ceux qui sont privés de l’Eucharistie pendant cette période crise. Tout cela nous permet de prier les uns pour les autres. C’est aussi ma plus grande consolation, de savoir que nous sommes solidaires et unis par la prière malgré la distance que nous exige cette pandémie.

Pour le P. Rizzetto, les autres de qui il s’est rapproché sont ses prédécesseurs:

C’est à travers de longues marches contemplatives dans le vieux Québec, accompagné de mon appareil photo, que je prenais conscience de marcher sur les traces de mes prédécesseurs… Comment ils ont dû s’adapter à plusieurs occasions à de nouvelles situations, en comptant sur la divine providence. La tranquillité de la ville, sa beauté et son silence et la grâce de Dieu m’auront permis d’apprécier la chance que j’avais d’être tout simplement là présent.

Trouver Dieu chez les autres

Enfin, Dieu s’est manifesté par les autres, qui sont poussés par l’Amour afin de se connecter et d’aider les gens, comme au Sanctuaire des Martyrs, témoigne Mme Kruger:

Je me trouve submergée par la grâce que nous voyons tous les jours par le biais de la communication électronique. Nous avons proposé qu’un jésuite allume une bougie et qu’il prie sur des intentions personnelles, et les gens utilisent cela comme un moyen de se rapprocher à un moment où ils ne peuvent pas physiquement sortir et prier. La gratitude, l’espoir et l’amour que les gens partagent sont d’une grande beauté et d’une profonde signification. Même si nous sommes entourés chaque jour par les détails négatifs des malades et des mourants, je peux vous dire que nous sommes témoins d’espoir, de prière, de guérison et de gratitude au sanctuaire des martyrs. 

M. Georges reprend la discussion concernant les malades et personnes décédées:

Je sens encore le désir de faire confiance à Dieu voyant sa main qui soigne chaque malade et appelant aussi auprès de Lui ceux et celles qui nous ont quittés. C’est ce qui m’a aussi aidé à découvrir la présence de Dieu au milieu de cette crise. C’est Lui qui soutient les plus vulnérables et ceux et celles qui sont exposés face à la COVID-19. Cette présence de Dieu passe aussi à travers la disponibilité et la solidarité de chacun. Dieu se sert de nos mains, nos capacités physiques et intellectuelles pour intervenir dans nos activités quotidiennes.

Pour Mme Dionne, ce sont les gestes de ses proches qui l’ont consolée:

Pour ne pas rester paralysée, j’ai essayé de répondre à très petite échelle à certaines de ces inégalités, par des dons, une offre d’aide, une oreille, le travail. J’étais loin d’être la seule: j’ai vu se multiplier des initiatives pour apporter de la nourriture aux personnes vulnérables, divertir les aînés à distance, faire pression pour que des solutions soient mises en place. Une amie mère monoparentale aux études a proposé de payer l’épicerie à des personnes qui avaient perdu leur salaire, partageant le peu qu’elle avait. Un proche à la retraite s’est porté volontaire, malgré les risques, pour travailler en CHSLD. On s’aidait les uns les autres.

Espoir d’un monde meilleur

«Plus gros que la Bible de famille / oublié deux générations auparavant, / le catéchisme COVID / est appelé à devenir un classique instantané, / le genre que tout le monde cite / mais dont personne ne se souvient vraiment.» Ces vers du P. Kennedy sont peut-être prophétiques, mais plusieurs membres de la province tendent vers l’espoir, comme Mme Kruger:

J’aime le lien humain et les actes de gentillesse qui se développent au sein de nos communautés et par le biais des médias sociaux. Je prie pour que l’humanisme dont nous sommes témoins aujourd’hui se poursuive une fois que cette pandémie aura pris fin.

Mon clip préféré sur les médias sociaux est un poème vidéo de Tomos Roberts intitulé “The Great Realisation” (La grande réalisation). Il partage le fait que « les gens préfèrent tous le monde qu’ils ont trouvé à celui qu’ils ont laissé derrière eux ». Un monde dans lequel nous repensons nos priorités et apportons des changements positifs parle à tous. J’espère que vous vous joindrez à moi pour prier pour que la contemplation et la compassion se poursuivent. 

Mme Dionne souhaite aussi que les changements perdurent: «La COVID-19 a apporté son lot de deuil. J’espère qu’on pourra puiser dans la solidarité et l’amour qui s’est développé, qu’on réduira les inégalités mises à nues, qu’on protégera mieux notre maison commune et qu’ainsi les morts et la souffrance n’auront pas été en vain.»

L’espoir se manifeste aussi dans des étapes concrètes, comme le montre le P. Rizzetto:

Ce temps, apparemment de pause, je le considérais davantage comme un tremplin pour la suite des choses. Le projet de rénovation du bâtiment du 14 rue Dauphine ainsi que l’arrivée du Centre de spiritualité Manrèse est porteur d’espoir. Saint Ignace de Loyola écrit à ce propos : «Agis comme si tout dépendait de toi, en sachant qu’en réalité tout dépend de Dieu» (cf. Pedro de Ribadeneira, La vie de saint Ignace de Loyola). À travers ce projet nous cherchons ensemble un monde meilleur, sous l’impulsion toujours nouvelle de l’Esprit Saint.

Pour terminer, laissons Frantz Georges résumer la réflexion:

Ce temps de crise due à la pandémie de COVID-19, nous rappelle une fois de plus comment Dieu œuvre dans la vie de chaque personne, chaque créature. Dieu ne nous abandonne pas. Il ne nous abandonnera jamais. 

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