Histoires

photo : Ben White, Unsplash

Devenir religieux, dans le contexte d’aujourd’hui, est souvent une décision radicale et difficile. Pour aider au discernement des jeunes hommes et donner un avant-goût de la vie du noviciat de la Compagnie de Jésus, les jésuites du Canada ont mis en place une maison de discernement, d’abord à Toronto (2019-2020) puis à Montréal (2020-2021).

Le P. John O’Brien, SJ, directeur des vocations, explique ce qu’est cette maison et son impact.

J’ai dit au P. John que si je n’avais pas fait cette expérience, en étant dans la maison de discernement et en priant, je ne pense pas que j’aurais postulé cette année. Cela m’a vraiment aidé. La transition vers le noviciat ne semble pas si mal, étant donné que nous avons déjà en quelque sorte vécu cette vie. – Abin Mathew, novice ayant vécu dans la maison de discernement

Comment est née la maison de discernement?

Il y a environ un an, j’ai pris connaissance de quelques provinces jésuites dans le monde (comme comme Haïti, le Vénézuela ou le Vietnam) qui avaient une maison de discernement pour que de jeunes hommes puissent y vivre et y faire un discernement plus approfondi avant de postuler au noviciat jésuite. À ma connaissance, aucune des provinces jésuites d’Amérique du Nord ne disposait d’un programme de maisons de discernement.

J’avais déjà parlé avec un certain nombre de jeunes hommes à Toronto qui cherchaient un endroit où ils pourraient vivre ensemble, tout en étudiant ou en travaillant.

Il m’est apparu clairement qu’ils souhaitaient un lieu et un moment propices pour s’initier à la vie religieuse, et plus particulièrement à celle des jésuites. Je crois qu’une telle maison est utile, parce que l’idée de rejoindre un ordre religieux aujourd’hui peut être vraiment radicale et même difficile. L’idée derrière la maison de discernement est donc d’offrir un moment agréable, mais déterminant. C’est un espace de transition avant le noviciat, qui sera d’ailleurs moins un choc.

Par la suite, nous avons eu une maison à notre disposition: l’ancienne maison d’études de philosophie, qui avait été reconverti en maison d’accueil pour les visiteurs jésuites à Toronto. Elle a de nombreuses chambres et une belle chapelle. Le supérieur provincial nous a donné la permission de l’utiliser comme maison de discernement.

Abin Mathew faisant le ménage dans la maison de discernement de Toronto. Photo du P. John O’Brien

Finalement, trois hommes ont décidé d’y emménager. Nous avons vécu ensemble, tous les quatre, plus le frère Gerry (le directeur de la maison). Nous avons vécu ensemble pendant la plus grande partie de l’année, dont la majeure partie de la COVID-19. Et nous avons eu une bonne année.

Et concrètement, qu’est-ce que les jeunes hommes font dans cette maison?

Le contenu du programme est léger, mais ciblé. Ainsi, les principaux engagements des jeunes hommes étaient les suivants : ils font des prières quotidiennes, se réunissent pour une réunion communautaire hebdomadaire qui consiste généralement en un partage de la foi et, à travers cela, s’habituent à prendre conscience et à discuter de leur vie intérieure et de leurs mouvements spirituels (une pratique très jésuite). C’est aussi important avant de devenir jésuite qu’après. C’est pourquoi le discernement de l’esprit est un art important qu’ils ont commencé à pratiquer. En plus de cela, ils effectuent les activités communautaires habituelles comme les tâches ménagères, la cuisine, le nettoyage, etc. C’est important, car plusieurs jeunes n’avaient jamais vécu en dehors de la maison de leurs parents. À part cela, ils sont libres en tant que laïcs d’aller à l’école, d’assister à la messe où ils veulent…

La maison de discernement n’est pas conçue pour reproduire le noviciat. L’accent est mis sur le discernement et la préparation de ces hommes au noviciat, tant sur le plan humain que spirituel.

Un autre avantage de la maison de Toronto était le flux constant de visiteurs jésuites dans la maison. Les jeunes hommes ont pu rencontrer une grande variété de jésuites canadiens et quelques jésuites internationaux.

Pour ma part, je vivais avec les jeunes hommes pendant la semaine et je retournais dans ma propre communauté pour la fin de semaine. C’était une grande joie de vivre avec eux, de prier avec eux, de faire la cuisine, de les accompagner pendant cette année critique.

Et pendant le confinement, les discerneurs ont été très généreux, m’aidant avec les messes en direct: c’est devenu un projet communautaire, nous sommes devenus une équipe offrant un service au-delà des limites de la maison.

Quel est le résultat de cette première année?

J’étais très heureux du résultat, car deux des trois messieurs qui sont venus ont décidé de postuler et ont été acceptés au noviciat. Le troisième a fait un très bon discernement personnel et a été appelé ailleurs.

De ce point de vue, la maison de discernement semble avoir joué un rôle positif en les aidant tous à discerner le cheminement de Dieu.

Pour l’année 2020-2021, la maison de discernement n’est plus à Toronto, mais à Montréal. Pourquoi?

Chaque année, j’essaie de déterminer où soufflent les vents. Après Toronto, une occasion d’expérimenter une maison de discernement de Montréal s’est présentée. Cette année, la Villa Saint-Martin a été réinventée et le nouveau directeur, le père Kevin Kelly, nous a invités à y implanter le programme. Le contexte de la COVID-19 signifie également que la ville dans laquelle vivent les discerneurs n’a pas beaucoup d’importance cette année, car la plupart des cours sont en ligne. L’autre avantage de Montréal est que pour certains, ce sera un temps d’apprentissage du français, ce qui est un petit avantage en raison du bilinguisme du noviciat.

La nouvelle maison de discernement de la Villa Saint Martin à Montréal. Photo par Raj Vijayakumar

De plus, je vois un rôle permanent pour un programme de discernement, et pas seulement pour ceux qui vivent dans la maison. Cette dernière peut devenir un pôle où peuvent se réunir d’autres discerneurs qui peuvent y venir périodiquement pour des conversations et une fraternisation. C’est là un autre objectif et un autre rôle de la maison. C’est ce que nous sommes en train de faire à Montréal.

Pensez-vous installer d’autres maisons de discernement dans la province?

Nous sommes toujours en train d’étudier les opportunités qui existent dans différentes régions du Canada jésuite pour ce genre de choses. L’un des principaux critères est de savoir où se trouvent les candidats. Nous avons failli en ouvrir un à Regina il y a quelques années et nous serions ouverts à le faire dans différentes régions du pays. Toronto et Montréal sont les endroits les plus propices pour cela, à cause de la présence de  nombreuses universités, communautés et apostolats jésuites.

Une autre option pour des candidats qui ne vivent pas dans une maison de discernement est d’aller vivre dans une communauté jésuite qui offre un stage d’un an ou d’une session pour apprendre à connaître les jésuites de cette façon. Le Sanctuaire des Martyrs, par exemple, accueille depuis longtemps des discerneurs pour une saison. Mais avec la COVID-19, cela devient un peu plus difficile. Toutefois, la maison de discernement continue!

Témoignages des discerneurs
Deux jeunes hommes, maintenant novices, nous livrent le témoignage de leur expérience de la maison de discernement.

Après que mon accompagnateur spirituel et moi ayons discerné que je pouvais avoir un appel pour les jésuites, j’ai envoyé un courriel à John O’Brien et, le jour de la fête de saint Ignace 2019, il m’a dit qu’il ouvrait cette nouvelle maison de discernement.  Mon séjour à maison de discernement s’est bien passé. En même temps, j’ai terminé mes études et obtenu mon diplôme en études médiévales.

J’aime vraiment vivre en communauté. Et comme la maison était aussi la maison des visiteurs jésuites à Toronto,  j’ai appris à connaître des gens comme le Provincial. Cela m’a permis de goûter un peu à la vie des jésuites et m’a aidé dans mon processus de discernement. Apprendre à connaître le père O’Brien m’a définitivement aidé, ainsi que des gens comme Abin, avec qui je travaillerai pendant les dix prochaines années! J’ai commencé avec la certitude que j’allais postuler pour devenir candidat jésuite et tout le temps que j’ai passé à la maison de discernement a confirmé cela. C’est une fin de semaine «Venez voyez» à Montréal qui a été le petit coup de pouce dont j’avais besoin pour soumettre ma candidature cette année. – John Simon

 

J’étais en Inde en juillet 2019 et j’ai parlé à un prêtre franciscain que je connaissais bien, et il m’a dit : «peut-être que tu devrais rejoindre les jésuites». Je venais de terminer mon diplôme de psychologie. Après avoir Googler «Jésuites du Canada» et rencontré le P. Edmund Lo, j’ai appelé le Père John O’Brien et j’ai dit : «Je pense que je dois m’éloigner de ma famille pour prendre ma décision. Y a-t-il un endroit où je peux rester en attendant ?» Il m’a répondu : «Nous venons d’ouvrir une maison de discernement à Toronto!»

J’avais besoin d’être loin de ma famille, de mon école, de mes amis pour me concentrer sur ma décision. C’était une excellente idée. Nous avons fait partie de la famille jésuite pour que je puisse voir ce que c’est, tout en étant avec d’autres personnes qui étaient sur le même bateau que nous. Nous avons aussi appris le discernement, la consolation, la désolation… toutes ces choses qui se produisaient déjà dans ma vie et que j’ai pu reconnaître.  Nous avons également visité d’autres communautés, surtout des scolastiques, pour pouvoir passer du temps avec eux, entendre l’histoire de leur vocation et aussi savoir ce que les jésuites plus âgés ont fait de leur vie. En février 2020, je suis allée rendre visite à ma famille en Inde. J’avais prié pour que certaines choses se passent, pour réaffirmer mon choix. J’ai obtenu des réponses à toutes ces prières et, à mon retour, j’ai postulé. – Abin Mathew

 

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