Histoires

« C’était un homme qui riait, qui avait un beau sens de l’humour. Il était positif. D’une grande simplicité, d’une grande profondeur et d’une grande écoute », se rappelle le P. Daniel Lebond, SJ. Le 20 mai 2020 au Japon, le P. Adolfo Nicolás, ancien Supérieur Général de la Compagnie de Jésus, est décédé âgé de 83 ans. Élu le 19 janvier 2008 à la 35ème Congrégation générale, il servira les jésuites à ce poste pendant 8 ans.

Quel a été son impact sur les jésuites canadiens et la Province jésuite du Canada? Sur les jésuites du monde? Voici quelques témoignages.

Peter Bisson, SJ: ancien Provincial de la province du Canada anglais

Le père Nicolás, des jésuites et des collaborateurs lors d'une visite au sanctuaire des martyrs. Photo : Curia jésuite, Rome
Le père Nicolás, des jésuites et des collaborateurs lors d’une visite au sanctuaire des martyrs. Photo : Curia jésuite, Rome

Trois ans et demi après avoir été élu supérieur général de la Compagnie de Jésus, le père Adolfo Nicolás, S.J., est venu au Canada célébrer avec nous le 400e anniversaire de l’arrivée des jésuites sur ces terres. Il a participé aux premières journées d’une réunion importante au Sanctuaire des Martyrs de Midland, en Ontario, baptisée Congrès 2011. Sa sagesse, son humour, sa courtoisie amène et chaleureuse nous ont conquis.

Les aînés à l’infirmerie de Pickering ont été ravis quand il est allé les voir. Les jeunes jésuites en formation ont été flattés qu’il ait tenu à les rencontrer en l’absence de leurs supérieurs. Les laïques, femmes et hommes, ont remarqué son intérêt et sa gratitude à leur endroit. Tous, nous avons été touchés et émus par son attention, son attitude chaleureuse et son sens de l’humour. Il nous a donné une conférence où il s’est servi de l’image de la girafe pour décrire le véritable apôtre, dans la foulée des martyrs jésuites: la girafe a un cœur énorme afin de pomper le sang tout le long de son cou et, du haut de ce long cou, elle voit loin. J’ai encore sur mon bureau une petite girafe en peluche bleue, pour me rappeler ce moment!

Un grand cœur, chaleureux, heureux et qui voit loin, c’est ce que j’ai adoré chez le père  Nicolás. Cet esprit le poussait à parler, en toute occasion, de l’universalité de la mission que nous avons reçue de Dieu, et du grand besoin qu’a notre monde d’un peu de profondeur. En fait, il voyait dans la sagesse le don particulier que la vie consacrée apporte au monde d’aujourd’hui: l’art de présenter la Bonne Nouvelle dans le langage ordinaire de la parole et de l’action pour aider les gens à se connecter et à se reconnecter au Dieu aimant qui nous entoure.

Il avait plusieurs histoires sur la sagesse. Il y en a une que je n’ai jamais oubliée et qui  reprend ces différents thèmes. Il l’a racontée dans une allocution sur le leadership spirituel devant les présidents et présidents de conseil d’administration des collèges et universités jésuites à Chicago, le 12 octobre 2013. La voici. Un jeune bouddhiste qui enseignait dans une université catholique était choqué par les symboles religieux, la chapelle en particulier. Un autre professeur, plus âgé, bouddhiste lui aussi, l’a pris à part pour lui expliquer: « Tu ne comprends pas. Dans cet établissement, dès que tu franchis le portail, tout est chapelle. Mais ce qui rend l’école sacrée, ce sont les élèves. Partout où il y a des élèves, c’est la chapelle.

Merci, père Nico, de nous avoir aidés à voir plus loin en nous élargissant le cœur!

Daniel Leblond, SJ: ancien Provincial de la province jésuite du Canada français

Mon premier souvenir c’est quand on l’a élu à la 35ème Congrégation générale, quand j’étais Provincial. Il prenait une lourde succession parce que le P. Peter-Hans Kolvenbach, qui avait été à ce poste 25 ans, avait une grande personnalité. J’ai vu le P. Nicolás se lever dans une immense humilité, enlever ses écouteurs, marcher la tête un peu basse, descendre vers l’avant et aller faire la prière. Sa vie venait de basculer. Dans sa démarche déjà, je sentais qu’il l’acceptait. C’était un serviteur. Par la suite, pendant tout le reste de la Congrégation, le fait que c’était un homme humble, un vrai serviteur, m’a frappé. Il acceptait cette lourde responsabilité avec un esprit de service réel. Mais en même temps, c’était un homme d’une grande proximité avec chacun d’entre nous, d’une humanité. Très à l’écoute, il s’est inspiré de tout ce qu’il a entendu à la Congrégation pour amener la Compagnie plus loin dans les années qui ont suivi.  

Membres de la 35e Congrégation générale, qui a élu le père Nicolás comme supérieur général. Photo : Curie jésuite, Rome
Membres de la 35e Congrégation générale, qui a élu le père Nicolás comme supérieur général. Photo : Curie jésuite, Rome

J‘ai le souvenir fabuleux d’un contact très facile avec lui durant ce séjour à Rome. Par exemple, puisque je suis artiste, par un concours de circonstances, j’ai fait une exposition de mes œuvres à la Congrégation. Le lendemain matin, comme j’étais presque en retard à une rencontre, je montais rapidement les escaliers et… je suis arrivé face à face avec le P. Nicolás. Il m’a lancé: «Il paraît que c’est très beau!» J’avais été surpris de sa réaction, son ouverture. Je lui ai donné une toile et il était très content: c’était un homme qui aimait l’art. Je l’ai aussi vu dans le vieux Rome. Il marchait à travers la foule, tout naturellement.

Par la suite, il est venu faire une visite en Haïti, avant le tremblement de terre. Il a montré encore une fois sa proximité avec les gens. La première chose qu’il a dite en débarquant de l’avion c’est «Parlez-moi français, je dois me remettre la langue dans l’oreille » … et j’ajouterais dans le cœur. Cela montre son désir d’être proche des gens: il avait une écoute et un dialogue réel et était d’une grande générosité dans son temps. Durant ce séjour en Haïti, pendant les moments informels qu’on a vécu ensemble comme aux repas, il avait une présence, mais pas une présence qui captait l’attention complète… c’est comme s’il nous renvoyait les uns aux autres. Sous mon provincialat, il a fait beaucoup pour Haïti, il voulait aider le peuple haïtien. Je n’oublierai jamais cela.

Personnellement, dans tous les contacts un à un j’ai toujours senti qu’il avait un regard plus que respectueux. Il savait toucher l’homme, qui j’étais. Il savait toucher mes défis comme jésuite, provincial et pour la province aussi.

Jean-Marc Laporte, SJ: ancien Provincial de la province jésuite du Canada anglais

Le père Nicolás et des jésuites à Rome. Photo : Curie jésuite, Rome
Le père Nicolás et des jésuites à Rome. Photo : Curie jésuite, Rome

J’ai rencontré deux fois le père Nicolás lors de réunions et, les deux fois, j’ai rencontré un homme simple, intéressé par un contact authentique avec ses confrères. Je participais à une rencontre de provinciaux et de supérieurs régionaux en Espagne, et avec Jim Webb, supérieur régional en Jamaïque à l’époque, nous étions sortis nous promener. Le père Nicolás nous a aperçus et nous a demandé s’il pouvait se joindre à nous. Notre conversation a été pour moi l’expérience marquante de cette réunion.

J’ai retrouvé le père Nicolás, bien sûr, lors de la 35e Congrégation Générale, quand nous l’avons élu général. J’étais déjà convaincu qu’il était prêt pour cette charge, mais pour un jeune septuagénaire, la question de la santé et de l’âge ne pouvait pas ne pas se poser. Benoît était déjà un vieux pape, qui allait tous nous surprendre en présentant sa démission en 2013. Le père Nicolás est resté en fonction et il a pu accueillir le pape François, qui s’est encore rapproché de la Compagnie après son élection.

Je n’ai pas participé directement au rapprochement de nos deux provinces, mais j’ai le sentiment que la fusion, tenue pour inévitable mais nécessitant beaucoup de détermination, a été stimulée et encouragée par le père Nicolás. Il aura joué un rôle clé « en coulisse » dans la vie de notre nouvelle province.

Nous lui serons toujours reconnaissants pour son ministère en Asie orientale et au service de la Compagnie universelle. Puissent son exemple – les mots clés sont ici universalité et profondeur – et son intercession nous accompagner à jamais.

P. Pierre Bélanger, SJ: premier secrétaire à la 34e Congrégation générale puis Socius de la Province jésuite du Canada français

Le P. Adolfo Nicolás à Toronto. Photo : Erik Oland, S.J.
Le P. Adolfo Nicolás à Toronto. Photo : Erik Oland, S.J.

Il savait unir simplicité et profondeur. Je rends grâce pour les deux occasions qui m’ont été données de vivre quelques moments de proximité avec notre ancien Supérieur Général, le Père Nicolás.

En 1995, j’avais été élu, à ma surprise, délégué de la Province du Canada français à la 34e Congrégation générale. La Congrégation devait, au tout début, élire un secrétaire et deux sous-secrétaires. C’est le P. Adolfo Nicolás qui avait été rapidement choisi comme secrétaire. Mais si j’avais été surpris d’avoir été élu comme délégué, combien grande fut ma seconde surprise, celle d’être élu premier secrétaire de la Congrégation.

Quelle expérience humaine et spirituelle cela m’a donnée! Le soutien que j’apportais au secrétaire, dans le quotidien des tâches complexes d’une Congrégation générale qui devait non seulement s’occuper de l’orientation de la Compagnie mais aussi réviser les Normes complémentaires, m’a permis de découvrir un homme remarquable. Adolfo Nicolás était organisé, il savait orienter les travaux des commissions, il exerçait un leadership à la fois doux et ferme. Il pouvait donc faire baisser les tensions, encourager les « troupes » au long des trois mois que dura la session, synthétiser avec brio, à la fin d’une séance ou dans la préparation du rapport pour la session suivante, des interventions qui avaient pu paraître disparates.

Les membres de la Congrégation étaient logés à Domus Pacis, à 4 km de la curie générale. Même si mon rôle de sous-secrétaire exigeait que j’aille chaque soir arpenter les sombres corridors de la curie – c’était avant les rénovations – je le faisais avec le sourire parce que le travail avec le P. Nicolás était source de joie réelle. Je percevais dans son sourire la profondeur de son engagement jésuite et je considérais que c’était un honneur de travailler avec lui. J’ajouterais, en toute transparence, qu’à la fin de la Congrégation, j’avais une sorte de certitude intérieure que cet homme pourrait être notre prochain Général!

Ma deuxième occasion de côtoyer de proche notre vénéré P. Nicolás fut lors de sa visite, en tant que Général, de la Province jésuite du Canada français, en 2011. Comme socius, j’étais responsable de la logistique et chauffeur du P. Général.

Cette fois encore, j’avais la joie de passer du temps avec un homme d’une très grande simplicité qui rayonnait par sa grandeur d’âme, sa proximité avec tous, son ouverture d’esprit et de cœur. Je me souviendrai en particulier du petit déjeuner avec le Cardinal Gérald Lacroix, à Québec. Deux hommes « importants » qui, dans la confiance, la spontanéité et la simplicité, pouvaient se passer le pain grillé et le fromage en s’aidant l’un l’autre à mieux comprendre le monde sécularisé où l’Évangile peut apporter une lumière bienfaisante.

La visite guidée de ma ville natale, Québec, que je lui ai ensuite proposée, nous a fourni d’agréables moments de détente, de rires et d’histoire. Que de bons souvenirs!

Jean-Claude Hollerich, SJ: Archevéque de Luxembourg

En 1988 après mon école de langue et après un stage a L’université Sophia c’était le moment de continuer mes études de théologie. J’étais nerveux est-ce que je pourrais concilier mes pauvres capacités de langue japonaise avec les exigences des études. Un de mes professeurs, Ie Père Adolfo Nicolas, me dispensa d’assister a son cours de la théologie des sacrements. Par contre i| me donna une vingtaine de livres a lire. La lecture de ses livres était pour moi une vraie découverte théologie américaine, théologie française et théologie allemande la diversité des points de vue la diversité des méthodes. Le Père Nicolas était toujours disponible pour des discussions qui m’amenaient a une vraie compréhension et un vrai approfondissement. C’était un professeur qui aimait discuter, qui savait se mettre a mon niveau pour m’attirer un peu plus vers son niveau. Je fus frappé par sa grande liberté intérieure, par son amour pour les gens simples et les plus pauvres, par sa capacité de penser qui savait mettre les choses en perspective et ouvrir de nouvelles dynamiques par sa recherche constante d’inculturation.

Vous pouvez vous imaginer ma joie quand bien des années plus tard ce même Père Nicolas fut nommé provincial. Sa liberté intérieure lui permit de continuer sa vie simple au milieu des gens. ll prêchait plus par son exemple que par ses paroles. A nous autres de nous laisser interpeler par son style de vie afin de pouvoir découvrir de nouvelles perspectives pour notre province du Japon. Notre province portait lourdement ses institutions. Un discernement pour l’avenir s’imposait. Mais nul discernement ne peut se faire sans liberté intérieure, nul discernement ne peut se faire sans avoir au moins une idée des perspectives qui pourraient s’offrir. Le Père Nicolas n’était pas un provincial qui voulait afficher les directions a suivre, mais un provincial qui voulait que nous tous comprenions les défis. Le Père Nicolas n’était pas un provincial qui présentait des plans a réaliser, mais un provincial qui voulait susciter des dynamiques.

En réfléchissant sur Ie Père Adolfo Nicolas, je compris combien il m’avait marque comme professeur et comme provincial. Humblement je cherche a réaliser dans mon diocèse les mêmes dynamiques pour que I’Église puisse avoir des perspectives d’avenir.

Son amour pour les plus pauvres, son style de vie simple et joyeux, sa fraternité rayonnante, sa joie en Dieu, son amour pour Ie Japon m’ont marque et vont toujours m’accompagner.

Vous pouvez lire plus de témoignages ici.

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