Quand Ignace de Loyola et ses neuf premiers compagnons se retrouvèrent empêchés de réaliser leur vœu de se rendre en Terre Sainte, parce qu’en cette année 1539 la menace de guerre entre Venise et les Turcs bloquait le trafic maritime, ils se sont demandé comment leur aventure collective, amorcée à Paris cinq ans auparavant, allait pouvoir continuer.

Ils s’étaient mis à la disposition du pape et savaient qu’il avait le projet de les disperser pour différentes missions. Dans ces conditions, comment continuer à partager l’aventure spirituelle qui les avait rassemblés?

Les compagnons décidèrent alors de se réunir pour discuter de leur vocation et de leur formule de vie (pdf). Fallait-il donner une structure officielle à leur groupe pour lui permettre de survivre à la dispersion? Et si oui, fallait-il s’inspirer du modèle des ordres religieux et se placer sous l’autorité de l’un d’entre eux choisi pour gouverner?

La Compagnie de Jésus est née de cette démarche de discernement en commun. Au terme d’un long processus de prière, de réflexion et de conversation, les compagnons ont unanimement reconnu que la fondation d’un ordre religieux, dont Ignace de Loyola serait le supérieur, serait le meilleur moyen de continuer à vivre leur consécration au Seigneur en restant au service du pape auquel ils s’étaient voués, tout en restant unis.

Cette histoire peut sembler anodine : les membres de tout groupe sont amenés périodiquement à prendre des décisions engageant leur avenir. Et la création d’un nouvel ordre religieux n’avait rien d’extraordinaire à l’époque. L’originalité de leur démarche ne réside pas tant dans la décision que dans la manière de procéder pour y parvenir.

Dans leur recherche commune, les pères fondateurs de la Compagnie de Jésus s’inspiraient en effet de la dynamique des Exercices spirituels qu’Ignace de Loyola avait composés et dont ils avaient tous fait l’expérience. Le but de ces Exercices est d’aider les personnes à reconnaitre leur aspiration profonde à aimer et servir Dieu de tout leur être et à choisir en toute liberté, sous la motion de l’Esprit, comment orienter concrètement leur vie en conséquence.

Ce qui importait aux premiers compagnons était de trouver la formule de vie commune qui les amènerait à vivre ensemble le plus grand service de Dieu auquel chacun aspirait. Le processus de décision devait donc partir de ces aspirations profondes, afin que l’option choisie en soit la plus fidèle expression dans le contexte qui était le leur.

Les compagnons ont prêté attention à la façon dont l’Esprit conduisait leur groupe en reconnaissant, à travers le partage de leurs mouvements intérieurs personnels de consolation et de désolation, qu’une convergence de vues et une consolation commune commençaient à se manifester lorsqu’il était question de se constituer en ordre religieux. Cette expérience des mouvements spirituels du groupe les a conduits progressivement à reconnaitre et à accueillir cette orientation comme étant celle du plus grand service, et donc de la plus grande joie !

Le discernement en commun peut donc être comparé à des “exercices spirituels pour les groupes”, permettant à leurs membres d’identifier et de choisir librement dans un contexte donné les modalités du plus grand service de Dieu. Ce mode de décision est constructif : il permet de dépasser le stade du débat, en rassemblant les participants dans un lieu d’écoute mutuelle et de créativité, ouvrant sur de nouvelles perspectives. Il est aussi dynamisant, car il fait appel de bout en bout à la liberté des membres du groupe et la renforce.

Tout comme le discernement personnel, le discernement en commun fait donc partie intégrante du patrimoine spirituel de la Compagnie de Jésus. La 36e Congrégation générale en a réaffirmé l’importance en tant que dimension constitutive de l’identité jésuite.

Dans cette perspective, la province du Canada vient de se doter d’un Service pour le discernement en commun destiné à assister les missions et apostolats jésuites, mais aussi d’autres organisations qui souhaiteraient y faire appel, dans leurs démarches de discernement communautaire. N’hésitez pas à me contacter pour en savoir plus !

Laurence Loubières
Directrice du Service pour le discernement en commun

 

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Laurence Loubières
Laurence Loubières est religieuse et fait partie de la congrégation La Xavière, de spiritualité ignatienne. Elle a travaillé pendant plus de 15 ans dans le domaine des investissements responsables, en France puis au Canada. Elle vit à Toronto depuis 2007 et dirige le Service pour le discernement en commun de la Province jésuite du Canada.
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