À l’université jésuite de Georgetown (Washington) s’est tenu en mars dernier une Conférence internationale sur l’écologie intégrale. Cet événement a été mis sur pied en préparation à l’Assemblée du Synode des évêques pour l’Amazonie qui se tiendra en octobre 2019. La conférence a traité de deux points importants: le travail collaboratif avec les communautés autochtones concernées par les problèmes environnementaux et le travail en amont sur les changements nécessaires dans les sociétés responsables de ces problèmes.

Trois personnes ont accepté de nous livrer leurs impressions sur la conférence et ses applications au Canada. Cecilia Calvo (Senior Advisor on Environmental Justice of the Advocacy Office of the Jesuit Conference of Canada and the United States et l’une des principales organisatrices du sommet), Ted Penton, SJ (Secretary of the Office of Justice and Ecology at the Jesuit Conference of Canada and the United States) et le P. Peter Bisson (Commission Justice, réconciliation et écologie des Jésuites du Canada).

Travailler avec et pour les Autochtones

En tant que premiers interlocuteurs pour le prochain Synode, les représentants de divers groupes autochtones étaient au cœur de l’événement. Ils ont présenté aux représentants de l’Église (dont des cardinaux et 20 jésuites) leurs préoccupations au sujet de l’écologie. L’Église souhaite en effet se tourner vers l’avenir en travaillant tant avec les Autochtones que les laïques, selon un programme enraciné dans les besoins et le leadership des communautés affectées.

Cette approche doit également se déployer au Canada. Selon le P. Bisson: « L’interdépendance que nous observons entre systèmes écologiques constitue une leçon importante pour l’humanité, selon plusieurs anciens et intellectuels autochtones. Une interdépendance analogue est souhaitée entre Autochtones et non-Autochtones, entre personnes et nations humaines, et entre l’humanité et le reste de la planète. » Pour ce faire, il faut trouver ici des lieux où entrer en contact avec les Premières Nations, Métis et Inuits afin d’ouvrir ce type de dialogue où l’Église peut écouter leur sagesse, mais aussi leurs inquiétudes.

Rappelons en effet que la mauvaise gestion de l’environnement affecte non seulement les Autochtones du bassin amazonien, mais également ceux habitant au Canada. Pour ne nommer qu’un problème: l’accès à l’eau potable. Par exemple, la Première nation de Grassy Narrows et des nations indépendantes de Wabaseemoong en Ontario ont souffert pendant un demi-siècle d’un empoisonnement au mercure causé par des produits chimiques déversés dans les rivières English et Wabigoon par une industrie de pâtes et papiers. Plusieurs autres communautés continuent de souffrir de tels problèmes auxquels les gouvernements ne répondent pas, malgré la résolution de l’ONU sur le droit d’accès à une eau de qualité et à des installations sanitaires.

Comme l’a dit en 2015 Crystal Lameman, porte-parole des Cris de Beaver Lake (Amiskosâkahikanihk), les droits des Autochtones sont le dernier rempart des développements industriels qui détruisent l’accès à l’eau. « Ce n’est plus un problème « indien ». Si vous respirez de l’air et buvez de l’eau, il s’agit de vous aussi. Il s’agit des droits inhérents des peuples des Premières nations, des droits fondamentaux de tous les humains et des droits de la nature. »

La « conversion écologique » appliquée au Canada

En plus de la collaboration en union avec les communautés autochtones, la conférence sur l’écologie intégrale a aussi souligné l’importance de la conversion écologique, un changement de la tête et du cœur pour vivre en harmonie avec la nature au lieu de la dominer et pour prendre soin de nos frères et sœurs. Cette conversion relève autant des organisations que des individus.

Selon Mme Calvo et M. Penton, au niveau des organisations, les changements structurels à réaliser sont incroyablement importants. Les Jésuites du Canada ont leur rôle à jouer. Selon Ted Penton: « Les quatre préférences apostoliques, de manière complémentaire, nous appellent à la conversion. » En effet, prendre soin de notre maison commune est un aspect de l’engagement spirituel, un moyen de marcher avec les personnes marginalisées affectées par les changements climatiques et de travailler avec les jeunes qui subiront les effets de ces changements. 

Déjà, les Jésuites du Canada se sont dotés d’une politique d’investissements avec des critères écologiques, sociaux et de gouvernance. « Avec cette politique, notre pratique d’investissement devient un outil apostolique, et non seulement un moyen de financement », explique le P. Bisson. Comment les jésuites peuvent-ils aller plus loin? D’abord, en améliorant leurs pratiques, comme l’a souligné le Provincial Erik Oland SJ la semaine dernière dans sa lettre à la Province. Ensuite, en se faisant la promotion de meilleures pratiques écologiques auprès des gouvernements et industries. Enfin, en ne laissant pas de côté ceux qui travaillent par exemple dans l’industrie du pétrole ou du charbon, qui seraient également affectés par ce virage vert.

Au niveau personnel, chacun doit réfléchir sur son mode de vie, sur les répercussions plus larges de nos gestes et de nos choix. Comment nos choix quotidiens influent-ils sur l’environnement et les gens? Comment la culture du jetable en vigueur en Occident influence-t-elle les Autochtones de l’Amazonie qui sont affectés par les eaux contaminées? Mme Calvo invite ainsi tous les lecteurs à réfléchir et à discerner sur leur propre rôle dans cette crise écologique, mais aussi sur le rôle positif qu’ils veulent jouer dans le futur.

Même si beaucoup reste à faire rapidement pour arrêter les changements climatiques, tout n’est pas perdu. « Je vois des signes d’espoir », a dit Mme Calvo, « la foi des Autochtones rencontrés à la conférence qui ne se découragent pas malgré leurs difficultés me donne de l’espoir dans la possibilité d’un changement de cœur chez les individus et la société. »

 

 

 

 

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