Deux traditions, une seule quête de vérité

Vue de profil d'un canoë sur une rivière, de nuit. Un croissant de lune se reflète sur l'eau au milieu de la rivière. Un homme autochtone, assis à l'extrémité gauche du canoë, tient une pagaie, tandis qu'un prêtre vêtu d'une robe noire, arborant une croix sur la poche latérale et les mains jointes en signe de prière, est assis à l'autre extrémité du canoë.

Écoutez cette histoire :

Par MegAnne Liebsch

Pour Noah MacDonald, être à la fois autochtone et catholique, c’est vivre une « harmonie chaotique ». Membre de la Première Nation anichinabée Michipicoten, le jeune Noah MacDonald a grandi au sein d’une communauté paroissiale dynamique près de Toronto. Toutefois, chaque été, il retournait sur les terres familiales près du lac Supérieur et pratiquait également la spiritualité anichinabée. 

Le fait d’embrasser ces deux traditions spirituelles lui a parfois fait ressentir une tension entre son identité autochtone et son identité de catholique pratiquant. Lorsque la nouvelle de Kamloops [la découverte de sépultures non marquées] est sortie, son monde a été bouleversé, nous confie-t-il. Canoniste à l’archidiocèse de Toronto, il s’est trouvé confronté à ses deux identités d’une manière toute nouvelle. 

« Kamloops m’a vraiment poussé à accepter pleinement mes deux identités et la responsabilité qui en découlait, soit défendre les gens comme moi, trouver d’autres personnes dans la même situation et nous rassembler. Cela m’a poussé à sortir de ma zone de confort et à intégrer plus profondément ces aspects de ma personnalité », explique-t-il.   

Noah MacDonald examine le catholicisme autochtone dans son ensemble.
Noah MacDonald examine le catholicisme autochtone dans son ensemble.

C’est ce processus de découverte et d’acceptation identitaire qui a incité Noah MacDonald à entreprendre un doctorat en théologie à Regis College. Ses recherches portent sur les voies de l’autodétermination au sein du catholicisme autochtone, et plus particulièrement sur celles qui permettent aux communautés autochtones d’exercer leur agentivité dans leur pratique religieuse. 

 « Je m’intéresse aux multiples façons d’être catholique. Comment pouvons-nous exercer notre liberté de foi et notre liberté spirituelle d’une manière qui reste authentique ? » 

Pour appréhender le catholicisme autochtone dans son ensemble, le doctorant avait besoin d’enseignants capables de lui offrir cette richesse de perspectives. Or, il y a très peu de théologiens autochtones dans les universités canadiennes. Il a collaboré avec le professeur John Dadosky, de Regis, afin de concevoir un programme de doctorat encadré par deux directeurs de thèse, soit Dadosky lui-même et l’aînée anichinabée Catherine Brooks. 

« Regis a accueilli cette idée à bras ouverts et a mis sur pied une structure qui me permet d’avoir accès à ces deux personnes-ressources. Elles m’aideront à satisfaire mon désir d’une formation théologique approfondie tout en puisant à la richesse du savoir anichinabé. » 

Pour Noah MacDonald, cette collaboration témoigne d’une évolution dans le milieu universitaire, notamment au Canada. À la suite de la Commission de vérité et réconciliation et d’événements plus récents, comme celui de Kamloops, on observe une volonté d’intégrer aux programmes universitaires les savoirs et les expertises autochtones. 

« Que ce soit en travail social, en théologie ou même en médecine, l’intégration des savoirs traditionnels est précieuse tant pour les étudiants que pour l’université. De plus, elle vient combler une grave lacune. En fait, elle ouvre la voie à des possibilités extraordinaires », souligne Noah MacDonald. 

Les rituels et la réconciliation 

Le père Erik Sorensen, SJ, espère que ses recherches seront une source d'apaisement.
Le père Erik Sorensen, SJ, espère que ses recherches seront une source d’apaisement.

Ce dialogue entre la pensée occidentale et les savoirs traditionnels est également au cœur des recherches doctorales du père Erik Sorensen, SJ, assistant provincial adjoint pour la liturgie et la vie religieuse. En effet, le père Sorensen s’intéresse depuis longtemps au rôle de la liturgie et des rituels dans la construction de la foi d’une communauté. Il se penche plus particulièrement sur la manière dont les rituels peuvent favoriser le dialogue et, ultimement, la réconciliation entre les catholiques issus de la colonisation et les catholiques autochtones. 

Dès le début de sa vie jésuite, le père Sorensen s’est impliqué dans diverses initiatives de réconciliation entre jésuites et Autochtones, comme le pèlerinage canadien en canot de 2017. Il a également travaillé à l’école intermédiaire Mother Teresa de Regina et avec l’organisme Kateri Native Ministries à Ottawa. Ces expériences l’ont profondément marqué et ont ancré en lui un profond respect et un attachement indéfectible envers les cérémonies propres aux cultures autochtones.  

« Les cérémonies du calumet, les huttes de sudation, les prières au lever du soleil sont des rituels essentiels qui revêtent une grande importance et sont d’une grande vitalité spirituelle », explique-t-il. L’expérience de ces rituels l’a amené à réfléchir à son propre héritage catholique ; il a ainsi pris conscience qu’il avait tendance à le tenir pour acquis. « Si je veux vraiment dialoguer avec les peuples autochtones au sujet de cérémonies, je dois bien connaître ma propre tradition. C’est ce qui m’a conduit à entreprendre des études en liturgie catholique. » 

« Les cérémonies du calumet, les huttes de sudation, les prières au lever du soleil sont des rituels essentiels qui revêtent une grande importance et sont d’une grande vitalité spirituelle. » – Erik Sorensen, SJ 

Dans le cadre de son doctorat à l’Université Saint-Paul, le père Sorensen étudie les pratiques rituelles de deux paroisses canadiennes, à Ottawa et à Winnipeg. En comprenant mieux la « trame de ritualisation » qui façonne la foi des gens, il espère que le rituel pourra servir de lien et de source de guérison. Bien que ses recherches portent principalement sur des paroisses non autochtones, il consulte régulièrement des représentants et des aînés autochtones. 

« Je suis persuadé que nous devons nous sensibiliser davantage à la manière dont les schémas coloniaux sont implicites dans nos pratiques religieuses et dans nos modes de pensée. Mes études visent donc à mettre en lumière les obstacles que dressent ces schémas coloniaux sur la voie de ce projet plus ambitieux. Et cela ne sera possible qu’au prix d’un dialogue soutenu avec les communautés et les peuples autochtones », explique le liturgiste. 

Jeter des ponts 

Noah MacDonald et Erik Sorensen perçoivent tous deux leurs recherches comme un travail de rapprochement. Si leurs travaux respectifs soulignent la nécessité de poursuivre les efforts de guérison et de réconciliation, ils mettent également en lumière les relations existantes entre les œuvres jésuites et les communautés autochtones. Depuis son entrée chez les Jésuites, il y a 13 ans, le père Sorensen a constaté un approfondissement des relations de la province canadienne avec les Autochtones, au point que cette collaboration est devenue une priorité pour les Jésuites du Canada. 

Pour Noah MacDonald également, la longue histoire des Anichinabés et des jésuites jalonne les assises de ses recherches. Ces relations ont sans doute connu des hauts et des bas, mais il entrevoit aussi des possibilités de rapprochement. Il ajoute que « le développement d’amitiés et de partenariats entre des communautés autochtones dynamiques et une Église bien vivante constitue un premier objectif à atteindre sur la voie de la guérison et de la réconciliation ». 

Apprenez-en plus sur ce que signifie le processus de réconciliation pour les Jésuites du Canada

NE MANQUEZ RIEN - Abonnez-vous!

Rejoignez une communauté de milliers de personnes qui reçoivent des mises à jour hebdomadaires sur la spiritualité, des événements et d’autres perspectives transformatrices des Jésuites du Canada.

 

Partager

Contenu relié

Histoires
Jésuites du Canada
Webpage
Le père Jacques Monet, historien jésuite, a marqué l’histoire du Canada par ses recherches, son
Histoires
Jésuites du Canada
Webpage
Science et foi ne disent pas la même chose : le frère Guy Consolmagno, SJ,
Histoires
Jésuites du Canada
Webpage
Le père Gerard Ryan, SJ, explore la solitude comme enjeu pastoral et théologique, appelant à
The owner of this website has made a commitment to accessibility and inclusion, please report any problems that you encounter using the contact form on this website. This site uses the WP ADA Compliance Check plugin to enhance accessibility.