Écoutez cette histoire:
Par Joanna Kozakiewicz
Le présent article s’inscrit dans une série qui vise à présenter les secteurs de la Province — des vocations à la formation — en donnant la parole aux Assistants qui assurent la liaison entre leur secteur et le Provincial.
•
La liturgie est un lieu central de rencontre avec Dieu, et son adaptation au contexte permet aux jésuites comme aux personnes qu’ils servent d’entrer plus profondément dans cette rencontre.
•
Le rôle d’assistant provincial associé à la vie religieuse et à la liturgie est nouveau et contribue à renforcer la vie liturgique de la province.
•
La liturgie nous forme à vivre les Préférences apostoliques universelles tout en s’adaptant aux réalités concrètes et aux cultures des personnes que nous accompagnons.
La liturgie chrétienne s’est développée au fil des siècles et des continents. Initialement influencée par les rituels juifs et la culture gréco-romaine, elle a évolué de manière non linéaire au sein des Églises à travers le monde. Aujourd’hui, la liturgie continue de façonner les communautés chrétiennes et d’être façonnée par elles.
Le père Erik Sorensen, SJ, est assistant provincial adjoint pour la vie religieuse et la liturgie pour les Jésuites du Canada. Dans ce nouveau rôle, créé il y a un an et demi par le père Jeffrey S. Burwell, SJ, il contribue à guider la province sur les questions liées à la célébration de la liturgie, tant dans ses œuvres que dans ses communautés. Dans cet article, il évoque les défis et les occasions propres à son secteur.
En quoi consiste votre rôle comme assistant provincial adjoint pour la vie religieuse et la liturgie?
Mon rôle consiste à aider la province à porter une attention particulière aux questions liées à la célébration de la liturgie, que ce soit dans nos œuvres ou dans nos communautés. J’y contribue également en veillant aux détails qui favorisent une vie liturgique solide et saine au sein de la province.
Par exemple, je participe à l’élaboration du calendrier liturgique annuel et je suis consulté plus largement sur les questions qui touchent à la liturgie. À titre de maître des cérémonies, j’aide à organiser les ordinations presbytérales annuelles et la célébration de la fête de saint Ignace — bref, toutes les grandes liturgies provinciales.
Où en sommes-nous actuellement dans ce secteur au sein de la province jésuite, notamment par rapport à la mission jésuite?

Dans le cadre de la mission jésuite, la liturgie devient ainsi l’un des moyens de favoriser la rencontre avec Dieu. Investir du temps et de l’attention dans le développement de célébrations belles et significatives, attentives aux signes des temps, constitue donc une manière concrète d’entrer en relation avec les personnes.
Comment adapte-t-on la liturgie à une situation particulière?
Par exemple, la liturgie célébrée par le père Brian Strassburger, SJ, à la frontière entre les États-Unis et le Mexique sera très différente d’une liturgie d’ordination. De même, une liturgie célébrée dans une cathédrale sera très différente de celle d’une paroisse.
Nous adaptons la liturgie à ces contextes particuliers de manière à ce que l’assemblée comprenne ce qui se vit réellement dans la célébration.
Cela contribue aussi à placer la liturgie au cœur de la vie de chaque jésuite, puisqu’elle constitue l’un des fondements de notre vie quotidienne et de notre prière.
Qu’en est-il des Préférences apostoliques universelles?
Je vois le lien entre mon rôle et les PAU à travers la question de l’adaptabilité, que l’on travaille avec les jeunes, que l’on s’engage pour l’environnement ou que l’on accompagne des communautés marginalisées. Comment la liturgie nous aide-t-elle à servir ces groupes? Et comment notre prière nous rend-elle plus attentifs à leur réalité?
Par exemple, comment la liturgie nous rappelle-t-elle notre responsabilité à l’égard de la création? Récemment, le Vatican a publié les textes d’une messe pour le soin de la création. Une partie de mon rôle consistera, une fois ces textes approuvés pour l’usage liturgique, à les diffuser dans notre réseau et à en promouvoir l’utilisation.
La liturgie nous forme à nous engager dans les PAU; il en va de même pour l’attention portée aux personnes marginalisées et pour le travail auprès des jeunes. Nous devons réfléchir à la liturgie dans ces contextes précis.
Par exemple, je fais beaucoup de travail pastoral et liturgique avec des peuples autochtones. Comment notre liturgie avec les peuples autochtones tient-elle compte de leurs cultures et de leurs manières de vivre? Nous réfléchissons à ces pratiques et à ce qu’elles peuvent nous apprendre.
Il en va de même pour les jeunes : comment célébrons-nous la liturgie dans nos écoles afin que les élèves se sentent interpellés et capables de s’approprier les célébrations? Afin qu’ils ne soient pas simplement spectateurs d’une messe célébrée pour eux, mais qu’ils en soient des participants actifs?
Nous pouvons utiliser la liturgie pour former les personnes à s’engager plus activement dans les PAU. Et lorsque nous travaillons avec les groupes visés par ces priorités, nous pouvons nous demander comment la liturgie peut servir concrètement ces communautés, d’une manière qui reflète leur réalité.
Quelle est votre vision de l’avenir de ce secteur?
Ce qui est intéressant, c’est que la liturgie — la célébration de la messe, ou la liturgie au sens plus large — est un lieu où la polarisation des opinions se fait sentir de façon très marquée. Il existe de profondes divisions quant à la manière de célébrer la messe. Par exemple, devrait-on la célébrer en latin?
Je vois l’avenir du secteur dans ce rôle en termes de formation des jésuites, afin qu’ils puissent répondre à ces tensions et rencontrer les personnes là où elles se trouvent sur le plan liturgique.
Indépendamment des préférences personnelles des jésuites en matière de style liturgique, nous devons être capables d’entrer dans toute célébration liturgique comme dans un espace de dialogue avec les personnes que nous servons.
Ma vision de l’avenir est donc centrée sur la formation : il est essentiel de mieux comprendre le « pourquoi » de la liturgie. Nous devons offrir une formation plus approfondie à la fois aux jésuites et aux personnes avec lesquelles nous travaillons.
Quels éléments de la liturgie peuvent être adaptés?
La liturgie comprend la liturgie des heures ainsi que les célébrations sacramentelles, comme le baptême. Mais si l’on pense plus précisément à la célébration de la messe, certains éléments sont très clairement fixes, comme le texte des prières eucharistiques. Cela dit, il existe aussi une grande diversité de prières disponibles, qui sont rarement utilisées. L’adaptabilité suppose donc une bonne connaissance de l’éventail des ressources disponibles.
Il existe également des aspects de la liturgie qui offrent davantage de souplesse, par exemple :
-
la musique;
-
la langue (par exemple, proclamer une lecture ou le Notre Père dans une langue autochtone);
-
le choix de certaines célébrations (par exemple, la fête de sainte Kateri Tekakwitha, qui revêt une importance particulière dans les communautés autochtones);
-
la prière universelle, qui peut être adaptée à la communauté.
Ce sont ce que nous appelons des « zones de souplesse liturgique » — des espaces où nous avons la liberté d’élargir, de resserrer et d’adapter la célébration. Il s’agit de trouver des voies vers l’inculturation liturgique, c’est-à-dire la manière dont la liturgie et la culture de l’assemblée entrent dans un dialogue fécond.
Quels sont les défis dans ce secteur?
L’un des plus grands défis consiste à travailler dans des milieux où existe une rigidité quant à l’idée que la liturgie doit être célébrée d’une seule manière, à l’exclusion de toute autre. Et cette rigidité se retrouve à travers tout le spectre des positions.
Le défi est d’aider les personnes à comprendre qu’il n’existe pas une seule bonne manière de célébrer. Certes, il y a des éléments non négociables, des aspects que nous ne pouvons pas changer. Mais affirmer, par exemple, que seule la messe latine préconciliaire est valide ou, à l’autre extrême, que toute célébration en latin devrait être supprimée, ce sont deux positions rigides qui nient l’expérience liturgique d’autres personnes.
Nous devons rencontrer chaque communauté avec ce qui peut le mieux la nourrir — en la rejoignant là où elle se trouve — et travailler à apaiser les tensions afin que chacun puisse percevoir la beauté de la liturgie, quelle que soit la manière dont elle est célébrée. La liturgie est belle en elle-même et doit refléter la communauté qui y participe.
