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Interview: Fannie Dionne
Texte: Joanna Kozakiewicz
Le présent article s’inscrit dans une série qui vise à présenter les secteurs de la Province — des vocations à la formation — en donnant la parole aux Assistants qui assurent la liaison entre leur secteur et le Provincial.
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Le renforcement du réseau entre les écoles jésuites du Canada et celles du monde entier permet d’affermir leur mission commune, de favoriser la collaboration et d’approfondir leur identité ignatienne.
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La foi est au cœur de la mission éducative : les écoles jésuites forment des jeunes appelés à s’engager dans le monde, guidés par les valeurs évangéliques et ignatiennes.
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Chaque élève est entouré d’un réseau de relations — parents, enseignants, directions et collaborateurs jésuites — qui soutient son développement humain et spirituel.
L’éducation et la formation ignatiennes sont deux des piliers de la mission des Jésuites, non seulement au Canada, mais dans le monde entier. Afin de renforcer cet apostolat, les écoles jésuites ont commencé à établir des liens à l’échelle mondiale.
John Patrick Mancini est assistant provincial pour l’éducation secondaire et présecondaire des Jésuites du Canada et le premier laïc à occuper ce poste. Après avoir fait ses études dans une école et une université jésuites, il a discerné sa vocation à l’éducation jésuite grâce aux Exercices spirituels. Après avoir enseigné pendant cinq ans à l’école secondaire Loyola, il est devenu directeur adjoint de la mission et de la formation et a récemment été invité par le Provincial à devenir également assistant. « J’ai reçu une très bonne formation chez les jésuites, et j’ai toujours été en contact avec eux tout au long de ma vie. Je pense que s’ils m’ont choisi, c’est parce qu’ils ont estimé m’avoir correctement préparé et formé pour ce type de travail. »
Dans cet article, il évoque les défis et les opportunités dans son secteur, qui représente des écoles de tout le Canada. Son objectif principal : créer des opportunités pour que les apostolats se connectent davantage les uns aux autres.
Quel est votre rôle en tant qu’assistant ?
Le système éducatif est complètement différent d’une province à l’autre au Canada. Mon rôle consiste donc plutôt à demander aux écoles ce dont elles ont besoin de la part de la province jésuite pour mieux réussir, afin de les soutenir.
Les jésuites parlent souvent de collaboration laïque, ce qui signifie en partie faire confiance aux personnes qui sont là pour accomplir la mission que nous leur avons confiée.
Quel est votre objectif principal pour les apostolats dans ce secteur ?
Notre objectif à long terme en tant qu’écoles jésuites est d’avoir un impact sur le monde grâce à notre foi. Nous sommes enracinés dans notre foi, nous sommes enracinés dans notre mission, ce qui signifie prendre soin des personnes qui nous entourent. Comment y parvenons-nous ?
Mon objectif le plus important, en tant qu’assistant, est de m’assurer que les apostolats ont la possibilité de se connecter, car la distance qui les sépare est importante et qu’il est difficile de se rencontrer.
D’où une de mes préoccupations pour nos enseignants et nos élèves : ils aiment peut-être leur école, mais ils ne se rendent pas compte qu’ils font partie de quelque chose de plus grand que leur propre établissement. Et c’est un objectif non seulement ici au Canada, mais aussi pour les apostolats éducatifs du monde entier.
C’est pourquoi je souhaite que les gens qui travaillent dans nos écoles au Canada se connaissent, passent du temps ensemble et prennent conscience de leur présence mondiale.
Comment partagez-vous les meilleures pratiques entre les écoles jésuites ?

Nous passons du temps à discuter des résultats scolaires, de la collecte de fonds ou des activités de nos élèves, et c’est formidable. Mais ce que je souhaite vraiment, c’est que nous discutions de la manière dont nos écoles créent des opportunités pour notre foi en tant qu’institutions jésuites. Nous voulons partager leurs idées et leurs projets avec les autres écoles.
Nous aimerions que les élèves réussissent sur le plan scolaire, mais ce n’est pas la mission de nos écoles. Notre mission est de former des élèves qui, une fois dans le monde, comprendront mieux leur enseignement catholique, leur enseignement jésuite et la manière dont ils peuvent avoir un impact sur leur communauté.
L’une des choses que j’aimerais faire est donc de réunir davantage les dirigeants des écoles : les présidents et les directeurs, nos aumôniers, nos enseignants et nos conseillers d’orientation, afin de partager les meilleures pratiques, les défis et les réussites. Ce sont des personnes qui ont un lien direct avec nos élèves au quotidien.
Ce qui importe le plus, c’est la manière dont nous développons des relations positives et formons nos élèves, et cela se fait en créant des liens personnels.
Quels sont les défis auxquels vous êtes confrontés dans ce secteur ?
L’un des défis est que tous les élèves de nos écoles n’ont pas le même parcours ni la même compréhension de la vie spirituelle. Beaucoup de nos élèves ne viennent pas de familles profondément attachées à leur paroisse ou à leur foi personnelle, et ce n’est pas grave.
Mais cela signifie également que nous ne travaillons pas seulement avec les élèves, nous travaillons aussi avec les familles. Si un élève apprend à l’école qui est saint Ignace et ce que sont les Exercices, et qu’il rentre chez lui pour en parler à ses parents, ceux-ci n’ont peut-être aucune idée de ce dont leur enfant leur parle. Cela signifie que nous devons faire en sorte que les familles comprennent également notre mission et nos objectifs. Par exemple, à l’école secondaire Loyola, nous avons mis en place une formation pour les parents afin de combler ce fossé.
Un autre défi réside dans le fait que beaucoup de nos élèves acquièrent dans une école jésuite un ensemble de valeurs distinctes de celles qu’ils voient dans le monde, sur Internet, sur les réseaux sociaux ou à la télévision. C’est pourquoi il est si important que tous les adultes qui les entourent comprennent ce que nous essayons de leur enseigner, afin que ces élèves reçoivent un message clair sur nos valeurs.
Je crois en la collaboration de tous les adultes qui travaillent ensemble au sein des écoles, mais aussi à la maison. Ce sont là des éléments sur lesquels j’aimerais que nous travaillions dans les années à venir.
Comment lutter contre l’influence des réseaux sociaux ?
Par exemple, nous pouvons rencontrer un enfant en tête-à-tête pour lui expliquer pourquoi ces valeurs sont importantes. Les personnes qu’il voit sur les réseaux sociaux sont-elles les meilleurs modèles ou mentors qu’il souhaite avoir dans sa vie ?
C’est un combat permanent pour toutes les écoles, mais je pense que les écoles jésuites ont une responsabilité particulière : lorsque les parents nous confient leurs enfants, nous devons prendre soin d’eux, non seulement sur le plan scolaire, mais aussi en leur offrant l’éducation fondée sur des valeurs dont ils ont besoin.
Quels sont les avantages de faire partie d’un réseau mondial d’éducateurs ?
Un exemple que je donne souvent lorsque j’aborde ce sujet avec nos enseignants concerne l’Inde, où le gouvernement ne souhaite pas que les écoles parlent activement de la foi. Les écoles jésuites doivent donc trouver un moyen de continuer à enseigner à ces élèves la spiritualité ignatienne et la mission des jésuites, mais elles doivent faire très attention à la manière dont elles s’y prennent.
Cela n’est pas très différent du travail dans une école au Québec, où le système éducatif établit clairement la séparation entre l’Église et l’État. Nous sommes donc confrontés à des défis similaires et pouvons collaborer et trouver des ressources.