Soigner nos relations avec les Autochtones : entretien avec le père Peter Bisson, SJ

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Par Fannie Dionne

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Le présent article s’inscrit dans une série qui vise à présenter les secteurs de la Province — des vocations à la formation — en donnant la parole aux Assistants qui assurent la liaison entre leur secteur et le Provincial.

Les relations avec les Autochtones inspirent l’ensemble de la mission des Jésuites du Canada.

Les Autochtones rappellent à l’Église l’importance d’une spiritualité incarnée et d’un lien profond avec la Création.

Les Jésuites accompagnent l’autodétermination des catholiques autochtones. Des initiatives comme le Anishinabe Spiritual Centre et le Kateri Native Ministry illustrent cette réelle collaboration.

« J’ai l’intuition que les liens avec les Autochtones seront une voie de renouveau pour toute l’Église au Canada. » Cette conviction du père Peter Bisson, SJ, assistant provincial adjoint pour la justice et les relations avec les peuples autochtones, résume bien le chemin emprunté par les Jésuites du Canada dans leurs relations avec les peuples autochtones.

Alors que la Province continue de discerner ses priorités apostoliques actuelles, la question des relations avec les Autochtones ne relève plus d’un secteur isolé, mais bien d’un fil rouge qui traverse plusieurs œuvres, comme les paroisses, les écoles, les collèges ou le Jesuit Forum. Désormais, l’objectif de la Province concernant les « relations autochtones » (par rapport à l’idée d’« apostolat autochtone » mise de l’avant précédemment) est que les relations avec les Autochtones signifient être partenaires ensemble dans la mission, et de s’inspirer d’eux.

Dans cet entretien avec le père Bisson, témoin privilégié de cette évolution, nous pouvons mieux comprendre où en est la Province aujourd’hui, les dons reçus à travers ces relations avec les Autochtones, les défis actuels et les perspectives d’avenir.

Nous mettons désormais l’accent surtout sur les Autochtones catholiques et sur leur autodétermination dans l’Église.

Où se trouvent aujourd’hui les Jésuites du Canada par rapport aux relations avec les Autochtones?

Nous mettons désormais l’accent surtout sur les Autochtones catholiques et sur leur autodétermination dans l’Église. Depuis la visite du pape François en 2022, il y a comme une nouvelle énergie chez les Autochtones catholiques à travers le pays. Cela a mené à un petit rassemblement de leaders catholiques autochtones, et une deuxième rencontre est en préparation. Ce groupe, dont je fais partie en tant qu’ami et collègue, a aussi lancé la récitation mensuelle du chapelet en différentes langues autochtones.

Il y a deux organismes associés aux Jésuites du Canada qui sont de bons exemples de cette autodétermination grandissante chez les catholiques.

Kateri Native Ministry à Ottawa, fondé en 1995, est une organisation en croissance. Un comité développe en ce moment un centre de guérison sur un territoire que l’archidiocèse d’Ottawa-Cornwall leur a cédé. Le système de gouvernance pour cette planification est anichinabé, et les personnes, même les allochtones, sont divisées en clans selon leur capacité et préférences. Par exemple, les théoriciens (comme moi) font partie du clan des poissons. Et ça fonctionne très bien. Kateri Native Ministry est catholique, mais les aînés qui sont en train de guider le processus de guérison sont traditionnels, avec un grand respect pour les catholiques.

photo : Kateri Native Ministry Facebook page

L’autodétermination des communautés autochtones catholiques est bien représentée par le Anishinabe Spiritual Centre. Les Jésuites ont récemment transféré la propriété et la gouvernance du centre aux Autochtones catholiques, avec le parrainage du diocèse de Sault Ste. Marie. Les règles de gouvernance sont inspirées par trois systèmes de droit : le droit civil de l’Ontario, le droit canon de l’Église et le droit autochtone. Il s’agit d’une vraie collaboration : les Autochtones catholiques sont devenus légalement et formellement partenaires avec l’Église.

Quels sont les défis de ce secteur?

Récemment, la question des relations avec les Autochtones a été un peu déplacée par les crises. On en entend moins parler, peut-être parce que la Commission pour la vérité et la réconciliation a terminé son travail et que la visite du Pape est passée. De plus, les jeunes jésuites sont moins formés qu’avant dans les aspects autochtones.

Toutefois, le nombre de jésuites consacrés à temps plein ou à temps partiel aux relations autochtones est important. Après le secteur pastoral, il s’agit du secteur où oeuvrent le plus de jésuites, un indice de l’importance accordée par la Province.

Au fil de notre histoire au Canada, nous sommes à notre meilleur quand nos relations avec les Autochtones sont bonnes.

Et quelles sont les perspectives futures?

Nous avons besoin, selon moi, d’intégrer ce secteur davantage dans notre formation jésuite. Pour la mission de la Compagnie de Jésus au Canada, la collaboration avec les Autochtones est essentielle. Quand nous avons fait notre exercice de discernement à ce sujet en 2015, une intuition importante en est ressortie : au fil de notre histoire au Canada, nous sommes à notre meilleur quand nos relations avec les Autochtones sont bonnes. Ces relations font partie de notre histoire depuis 400 ans, ce sera peut-être encore le cas pour les 100 prochaines années ou plus. Il faut soigner ces relations.

Quel est le don principal que les Jésuites et l’Église reçoivent des Autochtones?

Pour les Autochtones, le spirituel est évident et essentiel pour bien vivre. En Occident, nous avons perdu cette vérité, et peut-être aussi dans l’Église, c’est-à-dire que le spirituel est souvent vu comme un aspect un peu marginalisé de notre vie. Pour les Autochtones, l’aspect spirituel est partout: cette manière de voir le monde est un don que les Autochtones peuvent offrir aux besoins spirituels en Occident.

Deuxièmement, pour les Autochtones, la Création est une partie centrale de la spiritualité alors qu’en Occident, nous sommes beaucoup moins habitués à comprendre que notre rapport avec la nature est un aspect essentiel de notre rapport avec Dieu et les autres. Depuis Laudato Si’, je pense qu’on a besoin de l’aide des Autochtones pour bien vivre la conversion écologique intégrale proposée par le pape François. Et pour bien vivre la mission de la Compagnie, la réconciliation avec la Création est un aspect essentiel de la réconciliation avec autrui et avec Dieu.

Lire l’entrevue sur le secteur des vocations avec le père Edmund Lo, SJ

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