Histoires

« Les autochtones d’Amazonie nous permettent d’avancer dans notre apprentissage spirituel », explique Jean-Claude Ravet, ancien rédacteur en chef de Relations et aujourd’hui membre par interim de l’équipe éditoriale, à propos du dernier numéro de la revue.

L’idée du dossier À la défense de l’Amazonie et de ses peuples a germé en amont du Synode sur l’Amazonie. L’objectif: dépeindre la réalité de l’Amazonie dans toutes ses dimensions, à la fois écologiques, économiques, politiques, culturelles et sociales, tout en mettant l’accent sur les peuples autochtones qui vivent dans cette région.

« C’est un dossier qui donne à comprendre la réalité, mais qui donne aussi des éléments de réflexion et d’action. On pense que l’action fondamentale, c’est vraiment d’être solidaire avec les Autochtones dans la protection de l’Amazonie. »

Ces réflexions s’ancrent dans les Préférences apostoliques universelles, en montrant d’ailleurs les liens entre elles.

« Il y a un enjeu pressant de changer nos manières d’être. C’est souvent les plus pauvres qui vont payer en premier le prix de la perturbation et de l’agression par rapport à la nature. On lit à la fois dans ce dossier l’importance de prendre soin de la nature, mais aussi de marcher à la suite du Christ pauvre, des exclus. »

Dans l’entrevue qui suit, Jean-Claude Ravet nous parle de ce dossier sur l’Amazonie et de la pertinence des enjeux abordés qui concernent aussi le Canada. Pour tous les articles, vous pouvez vous procurer la revue ici.

Brièvement, comment l’Amazonie est un lieu où on peut travailler avec d’autres à la sauvegarde de notre maison commune?

On est au cœur de la question écologique dans ce dossier-là. Ça devient un lieu commun de dire que l’Amazonie est le poumon de la planète et qu’elle est de plus en plus menacée par l’exploitation à tout crin des ressources dans une visée purement lucrative.

Il faut donc une véritable conversion de notre manière de vivre et pour que l’économie s’arrime à la nature et ne contribue plus à la détruire. Pour devenir plus respectueux de la nature et en harmonie avec elle, il faut abandonner le paradigme extractiviste dominant. On montre bien dans le dossier qu’un élément important de la solution est de soutenir les Autochtones, qui doivent être reconnus comme les gardiens de la forêt.

Plusieurs d’articles reviennent sur différents aspects de ces peuples qui ont beaucoup à nous apprendre. Quand on parle de conversion, on parle de revoir nos manières de se rapporter au monde. Les Autochtones sont des maîtres à penser dans ce chemin.

On y explique ainsi leur rapport à la terre, leur manière de vivre et de considérer leur environnement. Ils nous enseignent à considérer la nature comme une partie de nous-mêmes. Quand on fait cela, on n’agit pas de la manière purement utilitariste vis-à-vis de la nature, comme si elle était simplement à notre service. Nous sommes aussi au service de la nature, il y a un rapport de réciprocité.

On montre ainsi que les Autochtones ne se considèrent pas propriétaires de la forêt. Pour eux, la nature prête en quelque sorte ses ressources pour que les humains puissent y vivre, mais de telle sorte que, en les utilisant, ils servent à la régénération de la nature.

Le dossier est donc un apport fondamental pour comprendre comment chacun d’entre nous on peut devenir des habitants du lieu où on est, en considérant l’habitat comme une dimension de soi.

Comment les jésuites sont-ils impliqués en Amazonie?

Les jésuites latino-américains sont très, très, très engagés dans la défense de l’Amazonie et des peuples qui y vivent. Le dossier contient par exemple l’article Près d’un demi-siècle sur la voie du bien-vivre, par Arizete Miranda, Raimunda Paixao, Joaninha Honorio et le jésuite Fernando Lopez, tous membres de l’Équipe itinérante initiée par les jésuites d’Amérique du Sud. Il relate un aspect de la solidarité jésuite, chrétienne et ecclésiale par rapport à l’Amazonie: la création, entre autres, du Conseil Indigéniste Missionnaire, qui regroupe des laïcs et missionnaires catholiques dans des initiatives de solidarité et d’acculturation de l’Église aux peuples autochtones. Le texte montre bien l’intérêt particulier de la Compagnie de Jésus sur ces questions.

Comment la réflexion de ce dossier peut se transposer en Amérique du Nord et dans la Province jésuite du Canada?

On prend conscience dans ce dossier de toute la marginalisation des peuples autochtones qui a été faite en Amazonie et qui nous rejoint aussi en Amérique du Nord. On les a exclus et invisibilisés au lieu d’apprendre d’eux. Ce changement de paradigme dans notre rapport concret avec les Autochtones nous concerne au Canada aussi. C’est un autre enjeu fondamental pour les jésuites de la province.

Aussi, il ne faut pas oublier qu’il y a une résistance très forte de la part des peuples autochtones en Amazonie: ils ne sont pas simplement des victimes, mais des acteurs de résistance. Elle appelle à notre solidarité.

Un autre article montre à cet égard qui montre les différents fronts de lutte pour protéger l’Amazonie, protéger leurs modes de vie, protéger leurs modes de vie, résister aux diverses agressions des multinationales, à la déforestation, etc. Ces mouvements de résistance sont appuyés aussi très fortement par l’Église et par les chrétiens en général. C’est un apport intéressant du dossier pour que de montrer qu’il y a vraiment un travail de lutte et de solidarité qui se fait et qui donne de l’espoir. C’est sûr qu’on vit des moments charnières et dramatiques, qu’il faut une action radicale et décisive, mais au moins qu’on ne part pas de rien.

Et au Canada aussi, on doit appuyer les Autochtones dans leur volonté d’être les meilleurs acteurs pour leur propre développement. Ça nous remet en question sur les enjeux encore une fois d’extractivisme. Souvent, nos gouvernements essaient de les tasser pour mettre en avant leurs politiques économiques, l’exploitation des ressources, sans prendre en compte les revendications des peuples autochtones.

On est dans une étape fondamentale de l’humanité. On doit remettre en question cette économie destructrice, autodestructrice de l’humanité. On ne changera pas sans prendre des mesures qui nous bouleversent. Il faut remettre en question nos manières de vivre, qui considèrent que les ressources sont à notre service, et que la croissance doit continuer à l’infini dans une terre finie, ce qui est une absurdité et une utopie mortifère.

Il faut changer notre manière de penser et la spiritualité qui va avec, parce qu’on a souvent une spiritualité qui nous soutient indirectement dans notre agir.

À ce niveau-là, on a beaucoup à apprendre de la spiritualité autochtone qui nous permet de revenir un peu aux intuitions et aux forces vives de l’Évangile, soit marcher humblement dans un esprit de justice aux côtés de Dieu.

Les Autochtones d’Amazonie peuvent nous permettre d’avancer dans cet apprentissage spirituel. Il y a d’ailleurs dans le dossier une entrevue avec l’anthropologue Robert Crépeau, qui réfléchit sur la cosmogonie autochtone et son impact sur leur mode de vie et ce qu’elle a à nous apprendre.

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