Écoutez cette histoire :
Par Fannie Dionne
Le présent article s’inscrit dans une série qui vise à présenter les secteurs de la Province — des vocations à la formation — en donnant la parole aux Assistants qui assurent la liaison entre leur secteur et le Provincial.
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Les paroisses jésuites s’efforcent d’accueillir et de valoriser chaque paroissien.
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Les paroisses mettent concrètement en pratique les Préférences apostoliques universelles dans leur travail pastoral quotidien.
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Le leadership des laïques et la collaboration façonnent l’avenir de l’Église.
Comment les paroisses jésuites peuvent-elles véritablement être des lieux d’accueil et permettre aux paroissiens de participer à la vie communautaire ?
Dans cet entretien, le père Jean Francky Guerrier, SJ, alors assistant provincial adjoint pour la pastorale, réfléchit à la manière dont les Préférences apostoliques universelles prennent vie dans les paroisses jésuites à travers le Canada. Il souligne la façon dont ces préférences se tissent dans la vie paroissiale et comment le leadership laïque et la collaboration contribuent à façonner l’avenir de l’Église.
Où en sommes-nous dans le secteur pastoral de la Province par rapport aux Préférences apostoliques universelles ?
Je suis impressionné et consolé de voir à quel point les paroisses s’engagent en lien avec les PAU.
Montrer la voie vers Dieu à l’aide des Exercices spirituels et du discernement est la première PAU, et nos paroisses se distinguent particulièrement là où la spiritualité ignatienne est intégrée dans les homélies, la formation des adultes et les programmes pour les jeunes. Certaines paroisses ont déjà introduit des retraites et des ateliers de prière inspirés des Exercices, rendant le discernement plus accessible aux fidèles.
Il y a aussi l’option préférentielle pour les pauvres et les exclus : les services pour les personnes en situation d’itinérance, les banques alimentaires ou encore l’accompagnement des réfugiés. Ces dimensions sont bien présentes dans la vie paroissiale.
La participation des jeunes constitue un défi dans plusieurs paroisses. Nous cherchons véritablement à les accompagner, en créant des programmes dynamiques, car nous comprenons qu’ils représentent une partie essentielle de notre Église.
À la suite d’une rencontre tenue plus tôt cette année à La Nouvelle-Orléans avec d’autres assistants du même secteur et des partenaires laïques de la Conférence jésuite du Canada et des États-Unis, je crois qu’il est urgent de développer dans les paroisses des programmes de sensibilisation qui mettent l’accent sur le lien entre le travail pastoral et la spiritualité écologique, le soin de notre Maison commune.
L’un des défis de nombreux apostolats est de rejoindre les jeunes. Comment vous y prenez-vous ?

Mais avoir une relation avec le Christ peut améliorer la qualité même de ce qu’ils accomplissent comme êtres humains. La spiritualité ignatienne les aide à reconnaître à quel point ils sont uniques et importants, en relation avec les autres et avec Dieu.
Quelle est votre vision pour l’avenir de ce secteur ?
Un des aspects essentiels est le leadership laïque. Même lorsqu’un prêtre est présent dans la paroisse, un laïque peut assurer la direction administrative. Cela s’inscrit dans la vision synodale de l’Église et de la communion. Et ces administrateurs laïques ont besoin d’une formation adéquate pour favoriser la collaboration.
Un autre aspect concerne la formation des nouveaux prêtres afin de les préparer au ministère paroissial. Comme assistant provincial adjoint pour la pastorale [NDLR : le père Vernon Boyd, SJ, l’a remplacé depuis l’entrevue], j’ai recommandé au Provincial que les jésuites nouvellement ordonnés reçoivent une formation spécifique pour le ministère paroissial. Pour le ministère universitaire, nous nous assurons que les jésuites y soient bien préparés ; il devrait en être de même pour les paroisses.
Comment faire en sorte que l’Église soit perçue comme une maison pour les paroissiens ? Comment accueillir les gens ? C’est au cœur même de ce secteur.
Quelle est votre perception du rôle des femmes et de l’accueil des personnes LGBT+ dans les paroisses ?
Dans certaines paroisses (non jésuites) que j’ai visitées à Montréal, la plupart des administrateurs laïques sont des femmes. Elles ont le droit et la responsabilité de signaler au curé si certaines décisions ne sont pas appropriées, et de lui indiquer la direction à suivre. Le curé doit être réellement ouvert à ce travail de dialogue. C’est un aspect que je cherche à encourager dans mes échanges avec les curés.
En ce qui concerne la communauté LGBTQ+, je suis toujours encouragé par le ministère All Inclusive Ministries et leur messe mensuelle à la paroisse Our Lady of Lourdes, à Toronto. C’est une manière d’accueillir tout le monde, non pas pour les changer, mais pour les accueillir tels qu’ils sont, comme l’a dit le pape François.
Nos vies peuvent être transformées en écoutant les femmes, les personnes LGBTQ+, les non-croyants… Toutes ces rencontres ont vraiment façonné ma vie. C’est quelque chose que je continue de promouvoir en tant qu’assistant provincial adjoint.
Qu’en est-il de la collaboration dans ce secteur et avec les autres secteurs ?
Nous cherchons à bâtir des ponts. Mon rôle n’est pas de dire aux curés quoi faire, mais de favoriser la collaboration entre eux. C’est pourquoi nous avons une rencontre mensuelle pour partager les meilleures pratiques, par exemple, afin d’inspirer les curés d’autres paroisses jésuites au Canada.
Inspirés par les pratiques de la Conférence, nous partageons aussi des ressources sur une plateforme commune, comme des documents pour les groupes de jeunes.
Nous prévoyons également une formation pour les laïques à la Villa Saint-Martin, qui accueillerait des personnes provenant de différentes paroisses, afin de renforcer la collaboration.