Comment devient-on jésuite? L’incorporation à la Compagnie de Jésus se fait en deux étapes: les premiers vœux et les vœux solennels, avec de longues années de formation avant de passer au travers de ce processus. Le chemin entre la vie laïque dans le monde et les derniers vœux jésuites est donc long (environ de 13 à 20 ans!), et parfois difficile à suivre. Quand appelle-t-on quelqu’un «jésuite»? Quand est-il «père» ou «frère»? Quel est le but de cette longue formation? Après nous avoir expliqué les modifications apportées à la formation des jésuites qui entreront en vigueur en 2020, Gilles Mongeau, SJ, qui a participé à la modernisation de cette formation au sein de la Conférence jésuite du Canada et des États-Unis, nous apprend comment les cinq étapes de la formation des jésuites passent concrètement à la version 2.0.

Noviciat

Après qu’un laïc ait discerné un appel à entrer dans la congrégation, et dans ce cas-ci, dans la Compagnie de Jésus, il est un candidat jésuite. Il doit alors passer par un processus d’application avant d’être accepté comme novice par le Père Provincial. Il entre alors au noviciat et devient dès ce jour jésuite… s’il se rend jusqu’à ses premiers vœux!

Le noviciat dure deux ans et le but de cette étape est de préparer le jésuite aux premiers vœux. Pendant ce temps, le novice apprend l’histoire de la Compagnie, prie, fait une lecture pratique des Constitutions, travaille dans un apostolat (par exemple avec les réfugiés ou les malades) et fait une retraite de trente jours, soit l’entièreté des Exercices spirituels d’Ignace de Loyola. Le jésuite peut aussi faire un pèlerinage de quelques semaines avec presque rien en poche pour apprendre à faire confiance en la providence de Dieu: il survit grâce à la générosité des gens. Le charisme est l’élément qui oriente les trois autres (contexte, contenu et compétence) lors du noviciat. Par exemple, les jésuites apprennent à utiliser le discernement pour faire une lecture du signe des temps. Dans la Province jésuite du Canada, les novices suivent une partie de leur formation avec des novices d’autres instituts.

À la fin du noviciat, avec l’approbation de son provincial, le novice prononce ses premiers vœux (chasteté, pauvreté, obéissance) durant une messe, promettant aussi dêtre incorporé définitivement dans la Compagnie de Jésus par les vœux solennels. Il prononce ses vœux comme scolastique (s’il souhaite devenir prêtre) ou frère. «Le sens des premiers voeux», explique le P. Mongeau, «c’est une offrande de moi-même à Dieu.»

Premières études

La révolution 2.0 se produit dans les premières études. Traditionnellement, les jésuites après le noviciat étudiaient la philosophie (pour apprendre la pensée critique) et un peu d’humanités (pour apprendre le contexte), car le but de cette partie de la formation est d’approfondir l’appréciation du contexte socioculturel et la pensée critique afin de réagir aux injustices, tout en évitant le relativisme. Selon Gilles Mongeau, la formation 2.0 met de l’avant l’élément du contexte.

Les jésuites étudient la philosophie (surtout fondements comme la métaphysique, l’épistémologie, un peu histoire et de sciences sociales). On ajoute à cela la théologie, pas le contenu de la foi, mais ce qui concerne l’enseignement social de l’Église, le point de vue théologique sur le contexte, la lecture du signe des temps. Les compétences à acquérir: un apostolat pratique, pour équilibrer les études. Il faut aussi souligner qu’il y a toujours un ajustement selon les compétences déjà acquises par le jésuite, on s’adapte à ses besoins.

En plus des études, le scolastique ou frère travaille également dans un ministère à temps partiel! C’est donc un moment de formation intellectuelle et d’engagement communautaire.

Régence

Après cette première série d’études universitaires, le jésuite entre en régence pendant deux ou trois ans généralement. Le régent vit dans une communauté jésuite et est engagé à plein temps dans un apostolat. Par exemple les régents du Canada travaillent maintenant dans une école secondaire, au Service jésuite des réfugiés et dans le centre de spiritualité Loyola à Guelph.

C’est la compétence qui est mise de l’avant durant la régence, pour vérifier si le jeune jésuite peut participer de manière pleine et active à un apostolat de la Compagnie, être de service, être un compagnon aux autres jésuites dans l’œuvre et porter les fruits du Royaume. Le jésuite doit bien intégrer sa formation spirituelle, sociale et active. Le scolastique peut vérifier si son travail lui apporte la vie (ou s’il est misérable) et la Compagnie voit s’il peut apporter une vraie contribution et vivre pleinement avec joie la vie jésuite.

Après deux ans de travail, le jeune jésuite fait un temps de relecture de sa régence avec d’autres jésuites afin de savoir s’il est prêt à être prêtre (et à être ordonné) ou être frère. Si oui, il passe à la prochaine étape.

Jésuites EOF / Twitter

Théologie

Après approbation de ses supérieurs, le jésuite reprend ses études, en théologie cette fois, pendant quatre ans. Il doit obtenir au moins un premier degré en théologie, mais continue souvent aux cycles supérieurs. Le P. Pierre Côté, SJ, a par exemple a complété un doctorat sur le mariage tandis que le P. Gilles Mongeau a fait le sien sur la théologie de saint Thomas d’Aquin. Les scolastiques et frères font ces études, avec des ajustements, dépendamment de ce qu’ils vont faire comme ministère dans la Compagnie. L’élément principal en théologie est le contenu.

Avec idée que l’acquisition du contenu est pour assumer un leadership dans église, pas juste accumuler de la connaissance pour la connaissance. Le jésuite doit être capable de porter la foi de façon solide, personnelle (et orthodoxe c’est bien aussi!), pas juste être un perroquet. Il faut savoir parler aux autres de la foi dans l’église de sa propre voix, tout en communiquant ce que Église enseigne.

Le jésuite scolastique est ordonné prêtre après quatre ans d’études théologiques. Il est donc finalement «père» et il peut alors célébrer des messes !

Troisième An

Le troisième an dure environ 9 mois, mais peut être plus long. Cette année est un troisième temps de « probation », après la candidature et le noviciat. On y répète les expériences clé du noviciat, mais avec plusieurs années d’expérience comme jésuite ! Sous l’élément principal du charisme, après ses études et plusieurs années de travail, le père ou le frère – appelé alors tertiaire – participe à un entraînement spirituel où il refait une retraite de 30 jours et étudie encore une fois l’histoire et les Constitutions des jésuites pour réaffirmer sa vocation et découvrir la sagesse des textes à partir de leur vécu. Ils font un ou plusieurs expériments, une insertion dans une mission pour expérimenter telle ou telle dimension du charisme. Le P. Mongeau a par exemple été en Afrique d’abord et son deuxième expériment a été dans son milieu d’origine. En plus des études et des expériments, le jésuite fait une relecture de sa vie dans la Compagnie afin de savoir si dans son expérience on trouve des signes que l’offrande qu’il a faite à Dieu lors des premiers vœux a été acceptée.

Enfin, après approbation par la Curie jésuite de Rome, le père ou le frère jésuite est invité à prononcer ses derniers vœux perpétuels et solennels: pauvreté, chasteté et obéissance. Il peut aussi prononcer un dernier vœu spécial d’obéissance au pape pour ce qui est des missions . Seuls les jésuites ayant prononcé ces derniers peuvent devenir provinciaux. « Les vœux solennels », souligne le P. Mongeau, « c’est la célébration du fait que l’offrande de soi-même a été acceptée par Dieu, et on le sait par une relecture de ce qui s’est passé depuis les premiers vœux. »

Après cette formation, l’une des plus longues de tous les ordres religieux, le jésuite est prêt à répondre à toutes les missions ! Pour en savoir plus, les Jésuites du Canada ont publié, en anglais, une série de vidéos où le P. Chris Calderón, SJ, résume toutes les étapes de la formation jésuite. James Martin, SJ, a également publié un article en anglais sur America.

 

Tous les articles

Je veux recevoir le Compagnons!

Chaque vendredi, recevez un bulletin résumant les nouvelles de la semaine.