Commémoration du 40e anniversaire du rétablissement officiel de la Compagnie de Jésus en Haïti

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Par Fannie Dionne

En 2026, les Jésuites d’Haïti célèbrent le 40e anniversaire du rétablissement officiel de la Compagnie de Jésus en Haïti. Aujourd’hui, malgré les difficultés politiques et économiques, les jésuites continuent de poser, avec persévérance, les fondations d’un avenir porteur d’espérance pour leur mission en Haïti.

Il y a actuellement 70 jésuites haïtiens, dont 8 novices, des chiffres qui montrent le développement de la Compagnie de Jésus en Haïti ces dernières décennies, explique le père Stanley Charles, SJ, supérieur des Jésuites d’Haïti.

« Quand on voit ces 40 ans, et le nombre de jésuites aujourd’hui, en premier lieu, on ne peut que rendre grâce au Seigneur et dire merci de tout cœur, particulièrement à nos confrères canadiens et québécois, à la Compagnie universelle et à tous les donateurs, les donatrices, les bienfaiteurs, les bienfaitrices de la Compagnie en général. »

Et pour l’avenir ? Selon le père Charles, la pérennité de la présence de la Compagnie de Jésus en Haïti passe par un changement de paradigme. Les jésuites haïtiens devraient être accompagnés afin de renforcer les fondations de leur mission et d’assurer un financement durable pour soutenir leurs œuvres et leurs initiatives.

Les jésuites aux côtés des Haïtiens, de la colonie à la république 

L’histoire des jésuites en Haïti remonte au temps où l’île était une colonie française, au 18e siècle. Les jésuites de l’époque, comme le père Pierre-Louis Boutin, SJ, accompagnaient particulièrement les Noirs réduits en esclavage. Cette proximité suscitait la colère des colons, entraînant la première expulsion des jésuites en 1763. « Mais, raconte le père Charles, la petite histoire rapporte que quelques jésuites seraient restés à titre personnel, pendant tout le mouvement pour l’indépendance. Ils auraient même célébré l’indépendance avec nous. »

Le grand séminaire – © Archives des jésuites au Canada

La deuxième phase de la présence de la Compagnie de Jésus en Haïti commence en 1953. Des Québécois sont venus s’y établir pour prendre en charge le Grand Séminaire de Port-au-Prince afin de former un clergé d’origine haïtienne. Ils ont aussi fondé le Centre de spiritualité Manrèse et mis sur pied Radio-Manrèse, un instrument d’éducation populaire et d’alphabétisation. Leurs actions sociales leur ont attiré les foudres du dictateur François Duvalier, qui les a fait arrêter avant de les expulser à nouveau en 1964.

Quelques années plus tard, certains jésuites reviennent clandestinement travailler parmi leur peuple, comme le père Godefroy Midy, SJ. Finalement, en 1986, après une demande de jésuites haïtiens auprès du père général à Rome, la Compagnie de Jésus est formellement rétablie sur l’île.

Réunion communautaire du 12 janvier 1991 à la Villa Manrèse. 1ère rangée: Fritz Wolff, Auguste Joint, Claude Souffrant, Hérold Toussaint. 2e rangée: Provincial, Marcel Grand’Maison, Godefroy Midy, Jean-Guy Bilodeau, Mathurin Charlot, Jean-Marc Daoust. © Archives des jésuites au Canada

Quatre décennies – un bilan 

Depuis 40 ans, l’activité jésuite se déploie donc en Haïti sous différentes formes. « La première image qui vient en tête, selon le père Charles, est celle du jésuite intellectuel. » Les jésuites ont effectivement marqué des générations d’étudiants au Grand Séminaire, aux facultés de l’Université d’État d’Haïti et, plus récemment, à l’Université Notre Dame d’Haïti.

Mais leur activité est bien plus large. Les jésuites font de l’accompagnement spirituel, sont curés de paroisse et soutiennent les paysans. Le frère Mathurin Charlot, SJ, par exemple, a accompagné des agriculteurs et a travaillé au reboisement d’Haïti, plantant des arbres qui donnent de l’ombre, des fruits et de la beauté à ses compatriotes. 

Le frère Mathurin Charlot – © Archives des jésuites au Canada

Même dans la formation – des écoles Foi et Joie (qui servent les enfants les plus vulnérables) jusqu’à l’université –, l’approche jésuite n’est pas simplement une transmission de connaissances. « C’est une formation intégrale qui tient vraiment compte de notre réalité », explique le père Charles. « C’est éduquer le jeune à aimer son pays, à s’engager dans son pays. Comment ? Grâce aux outils précieux que sont les Exercices spirituels et le discernement. »

Gérald Saint Victor Junior, jeune adulte, peut témoigner de l’impact de Foi et Joie. « Dans la région de Canaan, la communauté s’est un peu améliorée. Les enfants ont une manière différente d’agir dans leur région, dans “la foi et la joie”. On apprend à respecter les enfants comme les adultes, à regarder notre propre communauté et à partager l’amour les uns pour les autres. On nous apprend aussi à créer pour que nous puissions venir en aide à notre communauté. »

© Jésuites en Haïti

Aux œuvres jésuites régulières s’ajoute l’aide ponctuelle en cas de catastrophes. Ainsi, après le tremblement de terre de 2010, grâce aux dons internationaux, les jésuites ont pu venir directement en aide aux sinistrés en leur fournissant une assistance essentielle à leur survie. « Selon ce que j’ai entendu, note le supérieur, l’aide des jésuites auprès des sinistrés et des gens qui ont été victimes de tremblements de terre a été sans égale en Haïti. » 

Vers le futur 

Les jésuites du Canada et d’Haïti sont liés non seulement administrativement, mais aussi fraternellement. Le père Jeffrey S. Burwell, SJ, provincial des Jésuites du Canada et d’Haïti, souligne qu’ « une grande partie des jésuites en Haïti a passé une partie de sa formation au Canada : ils ont étudié dans nos institutions, prié dans nos maisons et ont été accueillis à notre table comme des frères. Une fois leur formation terminée, ils rentrent chez eux, non pas parce que c’est facile, mais parce qu’ils y sont appelés ». 

Toutefois, comme le signalent le provincial et le supérieur, les jésuites haïtiens font face à des difficultés concrètes dans la réalisation de leur mission et dépendent encore aujourd’hui de dons, le temps d’assurer une transition vers une gestion durable de la mission haïtienne. 

Le père Stanley Charles, SJ, supérieur des Jésuites en Haïti

Le père Charles Stanley voit l’avenir avec optimisme. « Que nous puissions mieux nous assumer et mieux accompagner le peuple haïtien : c’est là où se trouve mon espoir et j’espère que ça pourra porter du fruit dans les années à venir. » 

« Vous n’êtes pas seulsnous sommes avec vous. » 

En 2025, dans un contexte où la mission est plus exigeante que jamais, le père Jeffrey S. Burwell, SJ, provincial des Jésuites du Canada et d’Haïti, a lancé un appel clair à la solidarité. 

Afin d’assurer la stabilité à long terme de la mission en Haïti, une campagne ambitieuse de 10 millions de dollars est en cours pour constituer un fonds durable, capable de soutenir les jésuites dans leur service auprès des plus vulnérables. 

© Jésuites en Haïti

Votre don permet concrètement aux jésuites haïtiens de continuer à enseigner, accompagner et servir, dans des lieux où peu peuvent rester. 

En contribuant, vous participez à une mission d’espérance, fidèle à l’Évangile, enracinée dans le peuple haïtien, et portée ensemble, au-delà des frontières. 

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