Le pape Paul VI et Mgr Oscar Romero sur une photo non datée.

Le pape François a canonisé un pape et un martyr : le pape Paul VI et Mgr Oscar Romero, archevêque de San Salvador. Portant le bâton pastoral du pape Paul VI et la ceinture tachée de sang de l’archevêque, le pape François les a officiellement déclarés saints de l’Église catholique, en même temps que cinq autres témoins de la foi.

Chacun de ces nouveaux saints a connu une vie marquée par la douleur et la critique – même à l’intérieur de l’Église – mais tous se sont consacrés avec un amour passionné à suivre Jésus et à prendre soin des faibles et des pauvres, a dit le pape François dans son homélie.

Ardent défenseur des pauvres, l’archevêque Oscar Romero a été tué par balles le 24 mars 1980 alors qu’il célébrait la messe dans un hôpital de San Salvador, en pleine guerre civile. Il avait appelé à mettre fin à la violence et aux meurtres de civils dans ce conflit qui allait durer de 1979 à 1992.

On se souvient surtout du pape Paul VI pour avoir mené à bon terme le concile Vatican II et avoir contribué à la mise en œuvre des grandes réformes conciliaires.

Les cinq autres nouveaux saints sont : Vincenzo Romano, prêtre diocésain connu comme « le curé des ouvriers » ; Nazaria Ignacia March Mesa, fondatrice de la Congrégation des Croisées missionnaires de l’Église ; Catherine Kasper, fondatrice de l’institut des Pauvres Servantes de Jésus Christ ; Francesco Spinelli, prêtre diocésain et fondateur des Sœurs Adoratrices du Saint-Sacrement, et un adolescent, Nunzio Sulprizio, atteint d’une gangrène à la jambe, qui a supporté avec patience et sérénité une atroce douleur et offert à Dieu ses souffrances avant de s’éteindre à l’âge de 19 ans.

« Jésus est radical », a déclaré le pape François dans son homélie.

« Il donne tout et demande tout : il donne un amour total et demande un cœur sans partage. Aujourd’hui également, il se donne à nous comme Pain vivant ; en échange, pouvons-nous lui donner des miettes ? »

« Jésus, continue le pape, ne se contente pas d’une quote-part d’amour : nous ne pouvons pas l’aimer à vingt, à cinquante ou à soixante pour cent. C’est tout ou rien ! » En effet, « notre cœur est comme un aimant : il se laisse attirer par l’amour, mais il ne peut s’attacher que d’un côté et il lui faut choisir : soit il aimera Dieu, soit il aimera la richesse du monde; soit il vivra pour aimer, soit il vivra pour lui-même. »

Monseigneur Oscar Romero

Né à Ciudad Barrios, El Salvador, le 15 août 1917, Oscar Romero entre au petit séminaire à l’âge de 13 ans. Pendant ses années de ministère sacerdotal, le jeune Romero s’est dévoué au service des pauvres et il a lutté contre la souffrance de son pays.

Devenu archevêque de San Salvador en 1977. Oscar Romero s’est fait le champion des pauvres et le critique intransigeant d’un gouvernement qui, à ses yeux, légitimait le terrorisme et les assassinats. Son émission de radio et ses homélies attiraient des milliers d’auditeurs et lui valurent le titre de « Voix des sans-voix ». 

Le 23 mars 1980, face à la montée de la violence, Mgr Romero prononça une homélie dans laquelle il demandait aux soldats de suivre la loi de Dieu et de refuser de tirer sur des civils non armés. 

« Au nom de ce peuple souffrant, dont les cris toujours plus tumultueux montent de jour en jour vers le ciel, je vous en prie, je vous en supplie, je vous ordonne, au nom de Dieu, d’arrêter la répression », lança-t-il dans son homélie. 

Le lendemain, il était abattu alors qu’il célébrait la messe dans la chapelle d’un hôpital. L’Église catholique juge qu’il a été assassiné « par haine de la foi », et il a été béatifié le 23 mai 2015. 

Le père jésuite Tom Greene, supérieur de la communauté jésuite de Belize, affirme que Romero « aimait les pauvres à cause de ce que les pauvres avaient fait pour lui ». 

La religieuse salvadorienne Ana Maria Pineda, professeure agrégée d’études religieuses à l’Université jésuite de Santa Clara en Californie, dit que ses étudiants voient en Romero « ce qu’ils attendent de mieux des dirigeants de l’Église » et qu’ils s’identifient à lui comme à une personne « avec des dons et des limites ». 

C’est la détermination de Mgr Romero « à surmonter ses limites pour répondre à l’appel de Dieu qui fait que les jeunes s’identifient à lui, car il les encourage dans leurs luttes et leurs problèmes à eux », explique-t-elle. 

Le pape Paul VI  

Le pape Paul VI, né Giovanni Battista Montini en 1897, a été pape de 1963 à 1978. Il a présidé les dernières sessions du Concile Vatican II et sa mise en œuvre initiale. 

Il a également publié l’encyclique Humanæ Vitæ sur l’amour conjugal, en 1968, l’exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi sur l’évangélisation, en 1975, et l’encyclique Populorum Progressioen 1967, sur le développement social et économique. 

Mort à Castel Gandolfo le 6 août 1978 et enterré dans la basilique Saint-Pierre, le pape Paul VI a été béatifié le 19 octobre 2014. 

Une amitié entre saints 

On se souvient aussi du pape Paul VI comme d’un dirigeant fort, proche des catholiques persécutés, et notamment de Mgr Romero. 

Selon Roberto Morozzo della Rocca, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Roma III et auteur d’une biographie de Romero, les deux hommes se sont croisés sur le chemin de la sainteté et se sont liés d’une amitié personnelle qui a renforcé leur détermination mutuelle face à des défis grandissants. 

En 1977, Paul VI nomma Romero à la tête de l’archidiocèse de San Salvador, à une époque tumultueuse où les prêtres, les religieuses et les religieux qui se tenaient aux côtés des pauvres étaient la cible des groupes paramilitaires de droite inféodés au gouvernement. 

Manuel Roberto Lopez, ambassadeur du Salvador auprès du Saint-Siège, a déclaré que la canonisation de Romero « semble un rêve impossible pour nous, Salvadoriens », et que le fait qu’il ait été canonisé en même temps que le pape Paul VI est le couronnement d’une « histoire d’amitié ». 

Le pape Paul « voyait Romero comme une oasis dans le désert, au milieu d’un excès d’incompréhension. Et grâce au soutien (de Paul VI), Romero a trouvé la force de rester dans le pays et de continuer son service pastoral en dépit des dangers », souligne l’ambassadeur Lopez. 

Si l’archevêque de San Salvador bénéficiait de la confiance du bienheureux Paul VI, bien des membres de la Curie romaine lui reprochèrent de s’élever contre le gouvernement paramilitaire de droite après l’assassinat, en 1977, de son ami le père jésuite Rutilio Grande, champion des pauvres et des opprimés au Salvador. 

« La libération prêchée par le père Grande était inspirée par la foi », déclara Mgr Romero aux funérailles du père Grande. 

Après la mort du père Grande, l’archevêque Romero a changé de ton, ce qui lui a souvent valu des avertissements et des appels à la prudence de la part du nonce apostolique. Mgr Romero s’est donc rendu à Rome rencontrer le pape le 26 mars 1977. 

Le pape Paul « lui a dit fraternellement une phrase qui était l’encouragement dont Romero avait besoin : Animo ! Tu eres el que manda ! (Courage ! C’est toi le responsable!) », explique le professeur Morozzo. 

Le journal intime de Romero, ajoute-t-il, donne une idée du respect et de l’affection entre les deux futurs saints lors de l’entretien qu’ils eurent en juin 1978. 

Les notes de Mgr Romero transcrivent les propos du pape Paul : « je comprends votre travail difficile. C’est un travail qui n’est pas toujours compris. Il y faut beaucoup de patience et de force. Je sais que tout le monde ne pense pas comme vous ; c’est difficile, dans le contexte de votre pays, d’arriver à l’unanimité. Mais faites preuve de courage, de patience, de force et d’espérance. »

[Sources : CNS, Crux, OSV, CNS, CNS, CNS] 

Poursuivez votre lecture
Article précédent :
Article suivant :
Tous les articles