En anglais, un article intéressant du Catholic Register
sur le P. Roland Turenne, S.J.
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Le travail d’un Jésuite canadien incarne la vision de Pedro Arrupe

par Micael Swan, The Catholic Register (le 12 septembre 2015)

ADDIS-ABABA, ÉTHIOPIE – C’est en Éthiopie que le Jesuit Refugee Service a connu son baptême du feu en s’efforçant d’arracher à la mort des centaines de milliers d’affamés. Le JRS venait tout juste d’être fondé en Éthiopie quand la famine de 1984 mobilisa l’opinion mondiale, inspira les méga-concerts Band Aid et mit les Jésuites au travail. Le Jésuite qui dirigeait le JRS en Éthiopie et qui devait traiter avec les ministres du gouvernement communiste trouva des camions de 10 tonnes pour acheminer la nourriture et mit en place des services médicaux. C’était un Canadien.

Le père Roland Turenne a aujourd’hui 92 ans. Les 64 ans qu’il a passés en Éthiopie lui ont fait vivre bien d’autres expériences que ce combat contre la faim. Mais voir des personnes mourir de faim, s’attacher à faire survivre les autres, se mettre au service d’un pays et d’un peuple auxquels on a donné les trois quarts de sa vie, rien ne dit mieux ce que c’est qu’être missionnaire.

Turenne était en Éthiopie depuis 30 ans quand il fut interpellé par le légendaire Pedro Arrupe, alors supérieur général des Jésuites. Arrupe poussait déjà les Jésuites à faire quelque chose pour les réfugiés de la mer vietnamiens qui s’égaillaient en mer de Chine méridionale et sur le Pacifique, mais il eut tôt fait d’identifier le problème croissant des Africains déplacés, pris au piège des guerres, des révolutions et des famines.

Lors d’une réunion de supérieurs jésuites à Nairobi, au Kenya, Arrupe prit à part le Canadien pour lui parler des réfugiés en Éthiopie. Turenne ne savait pas pourquoi le père général voulait le voir. Un peu nerveux, il se demandait s’il n’avait commis pas un impair.

« Vous autres, m’a-t-il dit, oui, vous autres – il était comme ça, vous savez–, me confie Turenne au Galilee Retreat Centre où il continue de diriger des retraitants qui font les exercices spirituels de saint Ignace de Loyola. Qu’est-ce que vous faites pour les réfugiés en Éthiopie? – Je regrette, mon Père, ai-je répondu, mais nous ne faisons rien. » Pour Arrupe, ce n’était pas une réponse. « Mais pourquoi pas? – Mon Père, dis-je, nous sommes engagés dans l’éducation. Nous n’avons jamais fait ça. »

En réalité, la carrière de Turenne, professeur de géographie à l’école secondaire Tafari Makonen, tirait à sa fin et il donnait déjà un coup de main à un organisme caritatif français, Terre des hommes, ce qui le mettait en contact avec la Commission des secours d’urgence du gouvernement éthiopien.

La première équipe de Turenne, formée de jésuites belges d’âge mûr et d’un médecin espagnol, la Dre Isabel Arbide, Franciscaine missionnaire de Marie, se vit attribuer une base d’opération à Awasa, à 300 km au sud d’Addis-Ababa.

« Et voilà que la sécheresse éclate dans la région. » La région en question est le Tigré, à 300 km au nord de la capitale. Mais la nouvelle équipe jésuite a une unité médicale mobile, et Turenne se met en quête d’un endroit où la déployer.

« Nous nous sommes dit : quel est l’endroit le plus difficile d’accès? La pire localité, la plus gravement touchée? Deux semaines plus tard, nous y étions et nous pouvions distribuer des secours. »

Mais ce que la situation au Tigré allait exiger de Turenne, c’était plus que ce que pouvaient fournir son ardeur, son sens de l’organisation ou même son immense bonté.

« Je voyais arriver des gens à quatre pattes, imaginez. Ils étaient en train de mourir de faim, dit-il. Je me rappelle trop bien. Je n’ai jamais pu oublier ça. Jamais. Une jolie jeune femme… elle était appuyée à un arbre. J’ai demandé au Dr Isabel : Qu’est-ce qui ne va pas? Vous l’alimentez? — On ne peut plus la nourrir. »

Le lendemain, la jeune femme était morte. « Il y en eut des milliers comme elle », ajoute-t-il.

Des centaines d’agences suivirent le JRS sur les terres ravagées par la sécheresse et des millions de dollars finirent par arriver (les Canadiens donnèrent 150 millions $ en réponse à une campagne propulsée par la chanson Tears Are Not Enough). Mais ce n’était pas la fin du calvaire de l’Éthiopie.

Aujourd’hui, le JRS d’Éthiopie ne représente qu’une partie des opérations du Jesuit Refugee Service en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie. À Addis-Ababa, le JRS dirige un centre communautaire pour réfugiés urbains. Il est aussi présent dans deux des cinq camps de réfugiés installés près de Dollo Ado, sur la frontière avec la Somalie. Et il a des programmes pour les enfants réfugiés séparés de leur famille au camp de Mai Aini, à proximité de la frontière soudanaise.

Turenne n’est pas surpris de l’essor qu’a pris le JRS. Il l’attribue à la « vision » de Pedro Arrupe.

« Quand vous étiez avec lui, vous aviez l’impression de n’être pas loin de Dieu, je vous assure, explique Turenne. Un homme de compassion comme le Christ. »

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