Histoires

Peter Bisson, S.J. 

15ème station

Dans l’église de l’Immaculée-Conception de la Première Nation M’Chigeeng sur l’île Manitoulin, les 15 stations du chemin de la Croix sont des toiles de Leland Bell, artiste anishnaabe renommé de la Première Nation Wiikwemkoong, qui habite aussi l’île Manitoulin. Les stations débutent avec Jesus Dibakona Tchi (Jésus condamné à mort), et culminent avec Jesus Abitchiba (Jésus ressuscité des morts). J’aimerais vous faire part de ma réaction intérieure, nourrie de spiritualité ignatienne, à ces œuvres d’art et d’esprit anishnaabe. 

Ces images me touchent avant tout par leur sérénité et la grâce de leur simplicité. La paix naît de ces couleurs vives et uniformes dont les formes nettes sont soulignées par un contour noir. Les couleurs et les formes me touchent comme un rituel. Même s’il s’agit de violence et de souffrance, ce qui arrive souvent dans le chemin de Croix, la sérénité de l’image suggère que quelque chose de plus grand est en train de se passer.

Cette impression est encore renforcée par la présence fréquente en arrière-plan de Grand-Père le Soleil ou de trois cercles qui évoquent la Trinité. Ces formes tutélaires, à l’arrière-plan, semblent tenir ensemble, avec amour, tous les personnages qui agissent à l’avant-scène. 

1ère station

Les images m’attirent et je remarque des lignes ondulées sur divers traits, notamment autour de la bouche des personnages. Ces lignes me disent que les mots prononcés signifient plus que ce que j’entends, que les actions accomplies signifient plus que ce que je vois. Je songe alors qu’il faut un effort particulier pour voir vraiment, pour voir non seulement ces images, mais l’univers entier. Ces divers effets, combinés à la sérénité qui renvoie aussi à un sens plus grand, spirituel, me font penser que je ne suis pas en train de contempler des peintures ou des images, mais bien des visions. Les images sont des supports spirituels qui m’amènent à voir le monde entier d’une manière contemplative, comme dans une vision, comme dans la Contemplation pour obtenir l’amour, à la fin des Exercices spirituels de saint Ignace. La Contemplatio cherche un point de vue où tout dans le monde indique en quelque sorte que Dieu est follement amoureux de nous et nous offre des occasions d’aimer en retour. 

Ensuite, ces visions m’attirent vers le personnage central de chaque station, Jésus. Mon regard se porte sur lui, car il est généralement le seul personnage vêtu de blanc, sauf dans la station finale de la résurrection, où un manteau rouge recouvre partiellement son vêtement blanc. Son image reste sereine, même lorsqu’on s’en prend à lui. Il n’y a pas que de la souffrance dans sa vie. Il y a un « plus », qui m’entraîne vers l’intériorité de Jésus : ce qui le touche, ce qui le motive, ce qu’il aime, la façon dont il prend ses décisions. Dans les Exercices spirituels, la deuxième semaine nous fait contempler la vie de Jésus pour apprendre à le connaître personnellement. Et dans ce segment des Exercices, il y a en plus trois méditations axées spécialement sur la connaissance de l’intériorité de Jésus.

Elles nous font passer progressivement de la découverte de son chemin, à l’engagement à sa suite, à l’adhésion amoureuse à sa personne. Je sens que les visions de Leland Bell m’invitent à entrer en Jésus comme le font ces méditations.  

Enfin, le fait que chaque élément de ces 15 stations, surtout l’image de Jésus, semble avoir une signification spirituelle par-delà l’image me dit que chacune, chacun a le droit de s’adresser directement au Créateur, comme le faisait Jésus. Dans ses notes au début des Exercices, saint Ignace recommande vivement au directeur spirituel de se tenir en retrait afin de laisser le Créateur s’adresser directement à la créature, et de laisser la créature s’adresser directement au Créateur. Il n’y a pas de doute : un monde où le Créateur et la créature pourront se parler directement sera un monde meilleur ! 

 

 

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