Histoires

Par Elise Gower 

Quatre femmes leaders dans la Compagnie de Jésus au Canada. De gauche à droite, Laurence Loubières, xmcj, Élodie Ekobena,
Marcelle DeFreitas, et Jenny Cafiso

Marcher avec Jésus, c’est marcher avec les femmes pour témoigner de l’exclusion, de la violence et des autres injustices qu’elles subissent. C’est aussi reconnaître l‘énergie qu’elles mettent à promouvoir leur pleine inclusion et la dignité pour tous. L’article qui suit met en lumière les efforts prophétiques de quatre femmes qui collaborent avec les Jésuites du Canada. Il traite de leur contribution à la mission de la Compagnie de Jésus, de leur inclusion et de leur participation progressive dans un contexte historiquement dominé par les hommes; il parle aussi de leurs aspirations. 

À la racine, l’Évangile 

Les scènes de l’Évangile et les femmes de la Bible m’inspirent au moment de parler du leadership des femmes dans les entités jésuites. Leur importance dans la vie et la mission du Christ se retrouve en filigrane à travers les évangiles. Élodie Ekobena, directrice de projet au secteur Vivre ensemble du Centre justice et foi, nous rappelle l’estime de Jésus pour les femmes. « Les récits qui illustrent les grâces d’un leadership féminin » parlent des femmes qui ont accompagné Jésus sur le chemin de la Croix alors que ses disciples l’avaient abandonné, renié ou trahi. D’autres portent sur les femmes qui ont été témoins de sa résurrection. Je trouve ces images révélatrices dans la mesure où la présence des femmes, bien que cruciale, reste invisible. Or, elles sont témoins de l’innommable, soit de l’injustice, de la violence, de la brutalité, des faux témoignages et de l’ostracisme souffert par le Christ. Elles veillent son corps déshumanisé, avili et crucifié. »

photo : Centre Justice et Foi Facebook page

« Par ailleurs, elles apparaissent le premier jour de la semaine pour annoncer la résurrection. Gardiennes fidèles de la foi, de l’espérance, elles annoncent le monde à venir. Cela me fait dire que dans les organisations jésuites et dans l’Église universelle, leur voix est cruciale parce qu’elles sont à la fois témoins et actrices face aux enjeux décisifs de notre époque. »

Cela me fait dire que dans les organisations jésuites et dans l’Église universelle, leur voix est cruciale parce qu’elles sont à la fois témoins et actrices face aux enjeux décisifs de notre époque.  

Ce contexte suggère une façon de procéder qui valorise la voix et l’apport des femmes d’aujourd’hui. 

Vers la diversité et la représentation 

Jenny Cafiso, directrice générale de Canadian Jesuits International, fait état d’un virage important dans notre compréhension de la mission. Au sujet de la solidarité entre le Nord et le Sud (l’objet de son travail), elle déclare : « On voit mieux qu’on ne peut plus parler “au nom des autres”. Les gens doivent s’exprimer eux-mêmes.  Nous devons avoir notre place à la table et pouvoir nous faire entendre ; nous devons dire notre propre expérience au lieu qu’un autre interprète nos propos. »  

« La mission de la Compagnie de Jésus et sa spiritualité nous incitent à être actives et présentes dans le monde », souligne Jenny Cafiso. En termes ignatiens, c’est la contemplation dans l’action. « Nous ne pouvons prétendre être dans le monde et exclure la voix de 50 % de sa population [les femmes]. » 

« La mission de la Compagnie de Jésus et sa spiritualité nous incitent à être actives et présentes dans le monde », souligne Jenny Cafiso. 

Grâces et tensions ponctuent la façon dont tout cela se vit. Il y a de puissants exemples de femmes qui font avancer la mission des Jésuites, que ce soit au premier plan ou en coulisses : ce sont les Marie et les Marthe d’aujourd’hui. Marcelle DeFreitas, présidente de l’école secondaire Loyola de Montréal, nous décrit sa réalité :  

« Je suis entourée de leaders fortes, dont les deux directrices adjointes de l’école primaire et de lécole secondaire, la coordonnatrice de la pastorale, des enseignantes, des spécialistes de l’apprentissage, etc. C’est un changement par rapport à la situation d’il y a seulement quelques décennies, lorsque seules quelques femmes étaient employées au collège. Cette tendance s’observe dans les établissements d’enseignement jésuites de toute l’Amérique du Nord ; c’est l’occasion d’une transformation dans la manière dont nos écoles abordent le leadership. » 

Marcelle DeFreitas, présidente de l’école secondaire Loyola. Photo : Page Facebook de l’école secondaire Loyola de Montréal

Sœur Laurence Loubières, XMCJ, première directrice du Service du discernement en commun de la province et adjointe du provincial pour le discernement en commun, fait remarquer :  

« Mes collègues jésuites et les autres collaborateurs et collaboratrices laïques de la Province sont pour moi des compagnons et des compagnes qui cherchent ensemble et explicitement à témoigner de Jésus-Christ au Canada, au sein du corps apostolique de la Province. J’ai la chance de travailler plus étroitement avec certains jésuites dans des missions de discernement en commun et j’apprécie beaucoup ces occasions de collaboration, que je trouve très riches. » 

Réfléchissant à son travail dans un milieu d’enseignement mixte, Marcelle DeFreitas écrit :  

« L’éducation jésuite forme des personnes compatissantes, compétentes, engagées et consciencieuses. Ces valeurs transcendent le genre, mais leur promotion exige une diversité de perspectives et de voix pour qu’elles soient vécues et comprises pleinement. La voix des femmes est un aspect essentiel de cette diversité d’expériences, et fait donc partie intégrante de l’action de la Compagnie de Jésus, qui doit trouver un écho auprès de tous les jeunes. » 

« L’éducation jésuite forme des personnes compatissantes, compétentes, engagées et consciencieuses. Ces valeurs transcendent le genre, mais leur promotion exige une diversité de perspectives et de voix pour qu’elles soient vécues et comprises pleinement.» 

Un progrès institutionnel 

Le père général Arturo Sosa appelle à une meilleure reconnaissance des femmes. La Commission sur le rôle et les responsabilités des femmes dans la Compagnie de Jésus représente « un pas important dans la reconnaissance du grand rôle qu’ont joué et que continuent de jouer les femmes dans la tradition ignatienne », observe Marcelle DeFreitas.  

Jenny Cafiso lève le voile sur l’histoire moins connue de l’origine de cette commission. En 2019, lors de la réunion du Secrétariat pour la justice sociale et l’écologie à Rome, le père général avait soulevé les défis importants auxquels la Compagnie devait accorder la priorité, dont celui du rôle des femmes. Les femmes présentes ont tout de suite compris la pertinence du message du père général et elles ont demandé à le rencontrer. Pour décrire ce qui s’est passé, Jenny parle d’une cacophonie de femmes fortes et résilientes représentant une communauté multilingue et mondiale, qui se sont réunies de nuit pour mettre ensemble leurs idées.  

Jenny Cafiso (au centre) lors du Congrès du 50ème anniversaire du SJES à Rome, Jesuit World. Photo : Curie générale à Rome

Le lendemain matin, elles ont rencontré le père général pour lui soumettre une proposition ; la Commission est née de cette initiative. Jenny ajoute que « ça n’a pas été facile. » Comme la femme de l’Évangile, « nous nous sommes heurtées à certaines résistances. Nous avons vécu une certaine crainte ; cela fait partie de la démarche. La route est longue ». Cette route, dit-elle, est celle qui amène à vivre le message évangélique. « Nous croyons que chaque personne est créée pleinement à l’image de Dieu, qu’elle mérite d’être traitée avec dignité et qu’elle a droit à une voix égale. Pour remplir cette mission, nous devons soumettre tout ce que nous faisons à une analyse de genre. » 

Élodie Ekobena espère « qu’on ne s’en tiendra pas seulement aux rôles des dirigeantes; il faut que le virage s’applique aussi aux femmes exerçant d’autres responsabilités et d’autres rôles qui, sans être de premier plan, n’en sont pas moins importants dans les œuvres sociales jésuites ». 

Jenny Cafiso souligne qu’il faut prendre acte de la réalité intersectionnelle.  

« Nous ne pouvons pas parler de justice raciale, de réconciliation avec les autochtones, du sud de la planète, de l’écologie, sans inclure la voix des femmes, car toutes ces questions touchent particulièrement les femmes. 

La pauvreté a un visage racial ; la pauvreté a un visage de femme. Leur solution doit donc inclure les femmes… » 

« La pauvreté a un visage racial ; la pauvreté a un visage de femme. Leur solution doit donc inclure les femmes… » 

Sœur Laurence ajoute :  

« Je pense que la crise sanitaire actuelle pourrait contribuer à favoriser l’émergence d’un nouveau visage de l’Église. Nous avons peut-être la possibilité d’imaginer une Église de demain plus inclusive, moins cléricale, plus consciente de sa fragilité; une Église plus créative et attentive à être un ferment de communion là où elle se trouve… à commencer par la manière dont elle considère et intègre les femmes qui y sont actives. » 

Ces dirigeantes et, j’ajouterais, ces prophétesses au sein des œuvres jésuites incarnent la vocation de disciple des femmes. 

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