Le 7 mai dernier est décédé à Paris Jean Vanier, le fondateur de l’Arche. Ce «géant de la tendresse de Dieu», pour reprendre les mots du Vatican, a entre autres touché le coeur de nombreux jésuites canadiens. Retour sur sa vie et son oeuvre, qui ont marqué des gens aux quatre coins du globe.

Jean Vanier, l’Arche et les jésuites du Canada

Les jésuites du Canada avaient des liens solides avec Jean Vanier et l’Arche. Par des collaborations, comme la crèche de Noël du Gesù qui a été créée par les membres de l’Arche-Montréal. Mais aussi des liens personnels, comme le P. Bill Clarke, SJ, qui connaissait Jean Vanier depuis plus de 50 ans:

Comme tant d’autres, j’ai été profondément attristé par le décès de Jean Vanier. J’ai rencontré Jean pour la première fois lors d’une conférence à Montréal en 1966, l’année de mon ordination sacerdotale. Cette rencontre m’a poussé à aller à Trosly en 1968 où j’ai vécu pendant près de 3 ans. Jean et l’Arche ont certainement façonné ma vie. J’ai eu le privilège de parler brièvement avec Jean le 2 mai grâce à Christine McGievy, la responsable chez Trosly, qui était avec Jean à l’hôpital de Paris. Les communautés de l’Arche et de Foi et Lumière continuent à porter l’influence vivifiante de Jean à de nombreux individus, communautés et pays.

Vous pouvez en apprendre davantage sur les expériences du P. Clarke avec Vanier dans ce podcast (en anglais) récemment publié par la Conférence des Jésuites du Canada et des États-Unis.

Le P. Pierre Bélanger, SJ, connaissait aussi Jean Vanier de longue date et a eu l’occasion de faire un reportage sur lui en 2003.

Adolescent, j’avais eu l’occasion d’aller à une rencontre de Foi et Lumière au Parc des Expositions, à Québec. Ce fut ma première rencontre avec Jean Vanier. Il m’est resté des images et surtout un « ton » de ce rassemblement : c’était comme si j’avais entendu la voix de l’Évangile, à la fois douce et ferme. […] Il avait sa manière propre d’interpeller, d’attirer l’attention sur l’essentiel, de nous faire nous tourner vers les personnes qui sont oubliées mais qui recèlent des trésors d’humanité. L’interpellation incite à l’examen; Jean Vanier nous a obligés, chaque fois que nous l’entendions, à vérifier la qualité de nos relations avec les petits. La radicalité qu’il vivait dans son engagement était pourtant accompagnée d’une tendresse et d’un sourire qui étaient signes de Dieu au cœur du monde.

Pour le P. John Meehan, SJ, Jean Vanier était vraiment un prophète de notre temps:

 En tant que fondateur de l’Arche, non seulement il a eu un impact durable sur la vie de tant de personnes handicapées physiques et mentales, mais il nous a enseigné à tous ce que signifie être humain.  À l’Arche, les assistants ont été transformés autant que «les copains». Je n’aurais pas été jésuite si je n’avais pas été à l’Arche de Trosly, en France, en 1989-1990, où j’ai rencontré les jésuites pour la première fois. C’est là que j’ai vraiment fait l’expérience de la communauté chrétienne, apprenant ce que signifie être vulnérable dans notre humanité. Vanier nous a enseigné que notre humanité n’est pas enracinée dans notre productivité ou notre efficacité, mais plutôt dans notre capacité d’aimer et d’être aimé. Il nous laisse un grand héritage et nous met au défi de favoriser une société fondée sur la compassion plutôt que sur la concurrence, sur l’inclusion plutôt que sur l’exclusion.

Jean Vanier a également été important pour les collaborateurs et collaboratrices des jésuites, comme Véronique Lang, qui a vécu dans différents foyers de l’Arche (Ontario, Honduras, Québec) pendant quelque six ans dans les années 1990, avant d’œuvrer au Centre de spiritualité Manrèse durant plusieurs années.

La première fois que j’ai vu Jean Vanier, c’était à l’Arche de Stratford, en Ontario. Je me souviens qu’il avait pris le temps, avant son allocution, de saluer chacune des personnes présentes. Nous étions plus de quarante… lI avait le don de reconnaître instantanément la beauté et la dignité de chaque personne, au-delà de l’apparence extérieure. J’ai également pu expérimenter sa faculté de se faire proche, lors d’un bref entretien avec lui, à l’Arche de Choluteca. J’ai été surprise de m’entendre lui parler et lui confier des choses que je n’aurais pas dites à des amis intimes. Je me suis sentie écoutée et comprise. Il avait réellement reçu cette grâce d’incarner l’accueil et la tendresse du Christ pour chacun et chacune, en particulier les plus petits.

Retour sur une vie et une oeuvre

Canadien né à Genève en 1928, Jean Vanier a été officier de marine, diplômé de la Sorbonne puis professeur de philosophie. En 1964, il fonda à Trosly-Breuil (ville au nord de Paris) l’Arche, une petite communauté dans laquelle il a vécu avec des adultes ayant une déficience intellectuelle. Ce faisant, «il n’a pas renié son passé», a écrit le P. Pierre Bélanger, SJ, «mais l’a transformé en un terrain d’où a pu jaillir une source d’humanité qui ne trompe pas.» Cette philosophie et cet engament ont rapidement attiré d’autres personnes, dont beaucoup de jeunes. Tellement  que l’on trouve aujourd’hui plus de 5000 membres dans près de 150 communautés de l’Arche, communautés interreligieuses réparties sur les cinq continents.

Un commentaire qui revient régulièrement sur l’Arche est le fait que ceux y vont pour assister les personnes handicapées sont eux-mêmes aidés par ces dernières. Tous les humains résidant dans ces communautés s’entraident dans la croissance. Car, comme l’a souligné le P. Bélanger, «ce qui nous permet de gran­dir, d’être heureux, de sourire pour vrai, c’est d’aimer et de se savoir aimé. Procurer cette chance à des gens qui ont toujours senti qu’on ne les aimait pas, à cause de leur handicap, c’est se permettre à soi-même de dépasser ses limites et d’expérimenter la joie d’être aimé à son tour.»

L’Arche ne fut pas la seule oeuvre de Jean Vanier. Il a fondé d’autres organismes comme Foi et Partage au Canada, en plus de publier plusieurs livres et de donner des conférences. Récipiendaire de plusieurs prix prestigieux, reçu par le pape Jean Paul II et le pape François, il est toutefois toujours resté humble. Une de ses qualités est d’avoir su bien s’entourer au fil des décennies, car l’Arche n’est pas le résultat d’un travail individuel, mais collectif.

« Si chacun de nous ouvre son cœur à des personnes faibles, une source de bonté et de compassion s’éveille en lui et forge son identité profonde. Donner de la joie à des personnes souffrantes ou isolées, oriente nos vies vers l’engagement.» Ces mots de Jean Vanier, «âme d’exception», résonnent en profondeur dans le cadre de la Compagnie de Jésus et nous invitent à nous engager plus encore vers les personnes marginalisées. Comme le dit le P. Bélanger: «L’Arche est solide aussi parce qu’elle est enracinée dans la vérité de l’Évangile, la même que celle proposée par le pape François : la compassion, la proximité avec les petits, l’ouverture du cœur.»

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