Intellectuel de haut vol, historien de formation et ex-président de Campion College, le collège universitaire jésuite affilié à l’Université de Regina, John Meehan SJ est arrivé à Montréal il y a quelques mois, où il s’est joint à la communauté jésuite de la Résidence du Saint Nom de Jésus.
Il partage avec nous ses premières impressions sur sa nouvelle ville d’adoption, sur la nouvelle Province jésuite du Canada et sur la place que peut jouer la Compagnie de Jésus dans le déploiement d’un ministère de la réconciliation.
Quelles ont été vos premières impressions, en arrivant à Montréal?
Disons d’entrée de jeu que ce n’est pas mon premier séjour à Montréal. Au cours des dernières années, j’ai eu l’occasion d’y séjourner quatre à cinq fois par année. Je m’intéresse aussi à l’actualité québécoise depuis de nombreuses années. Évidemment, il y a tout un monde de différences entre séjourner dans une ville et y vivre. Je dois dire que je suis très heureux d’être à Montréal, plus encore dans le contexte de la création nouvelle Province, où nous sommes invités à être attentifs à l’unité dans la diversité.
Tout un pan de la spiritualité ignatienne nous invite à trouver Dieu dans l’autre. Et aussi à trouver Dieu en toute chose, jusque dans les rues de nos grandes villes. Quel rôle pourrait jouer la Compagnie de Jésus et l’église du Gesù dans cette démarche? 
Chaque région du Canada a en effet ses spécificités. À Regina, par exemple, mon ministère gravitait principalement autour de l’éducation postsecondaire [Campion College] mais aussi de la réconciliation avec les peuples autochtones. En Saskatchewan, les enjeux autochtones occupent une grande place dans les débats de société, peut-être pour des raisons démographiques (où les peuples autochtones forment 16% de la population de la province).
Ces enjeux sont-ils moins présents dans les débats de société au Québec? Probablement pas. J’en veux pour preuve la place qu’occupent la crise d’Oka, mais aussi la Paix des Braves dans l’actualité québécoise récente. Au-delà des débats et des projets de société, force est de constater la forte présence des autochtones — particulièrement les Inuits — en milieu urbain, à Montréal. Je l’ai constaté à plusieurs reprises en arpentant les rues du centre-ville, entre le Gesù et le square Cabot. Cette forte présence d’itinérants autochtones me trouble et m’interpelle. Quelle présence pourrions-nous assurer auprès de ces hommes et de ces femmes?
Tout un pan de la spiritualité ignatienne nous invite à trouver Dieu dans l’autre. Et aussi à trouver Dieu en toute chose, jusque dans les rues de nos grandes villes. La spiritualité ignatienne et les interpellations des congrégations générales jésuites nous invitent d’ailleurs à nous engager en faveur des pauvres et dans une démarche de réconciliation. Quel rôle pourrait jouer la Compagnie de Jésus et l’église du Gesù dans cette démarche? De quelle manière pourrions-nous assurer cette présence auprès des peuples autochtones? Pourrait-on mobiliser nos collaboratrices et collaborateurs dans une telle démarche, tout comme d’ailleurs les étudiants du collège Jean-de-Brébeuf et de Loyola High School?
Depuis mon arrivée à Montréal, j’ai eu l’occasion de rencontrer et de visiter divers organismes assurant une telle présence auprès des itinérants et des Autochtones : Open Doors, First Peoples House et le Café de la Maison Ronde, par exemple. Il faudra voir de quelle manière déployer un ministère auprès des Autochtones. Pourrait-on proposer certaines activités de sensibilisation aux réalités autochtones — l’exercice des couvertures ou de cercles de partage, par exemple – à la Maison Bellarmin, au Gesù ou encore au Newman Centre de l’Université McGill?
En tant que catholique et en tant que jésuite, quelles ont été vos premières impressions en arrivant à Montréal?
Au Canada anglais, certains milieux prétendent que l’Église est « morte » au Québec. Je ne souscris pas le moindrement à cette analyse. À bien des égards, l’Église et la société québécoises sont en avance sur le reste du pays sur un certain nombre de questions essentielles. Je pense aux débats qui ont cours ici sur la laïcité, les signes religieux, l’immigration et le pluralisme religieux. On n’observe rien de tel ailleurs au Canada, du moins pas à ce point. Il s’agit là d’une spécificité québécoise, dont nous pourrions nous inspirer. À cet égard, le Centre justice et foi et la revue Relations mènent une réflexion intéressante. Ne pourrions-nous pas nous en inspirer pour créer des espaces de rencontre et de dialogue interculturel ou interreligieux, au centre-ville de Montréal?
Les liens des Québécois ont peut-être été rompus avec l’Église institutionnelle mais je doute que ce soit irréversible. Au-delà des scandales subsiste l’existence de liens interpersonnels forts, de relations pastorales signifiantes, et surtout, surtout, de présence au monde. C’est d’abord une question de pertinence.
Le Québec est encore aux prises avec l’héritage de la Révolution tranquille. Ce qui a poussé bon nombre de Québécois à prendre leurs distances ou à se méfier de l’Église institutionnelle. Mais pas au point d’occulter les questions existentielles, les quêtes de sens et les démarches spirituelles. La semaine dernière, j’ai pris part à une retraite spirituelle à l’abbaye de Saint-Benoît-du-Lac. À mon retour à Montréal, j’ai visité la Salon de la mort. On y trouvait certes un volet assez commercial et quelques propositions artistiques au goût discutable (dont un artiste peintre peignant des œuvres avec des cendres de défunt). J’ai cependant été impressionné par la richesse et la profondeur spirituelle des conférences qui y étaient présentées, que ce soit sur les soins palliatifs ou sur le mystère de la mort. À l’évidence, l’échéance de la mort demeure une question existentielle fondamentale. Et les Québécois n’y font pas exception. Qui les accompagne dans ces quêtes spirituelles? De quelle manière la Compagnie de Jésus pourrait-elle accompagner les quêtes de sens des Québécois et Québécoises? Comment pourrait-on contribuer à la réflexion sur le vieillissement de la population, les soins palliatifs et l’euthanasie?
Sur ces enjeux, comme sur de nombreux autres, la Compagnie de Jésus pourrait assurer une présence. Les liens des Québécois ont peut-être été rompus avec l’Église institutionnelle mais je doute que ce soit irréversible. Au-delà des scandales subsiste l’existence de liens interpersonnels forts, de relations pastorales signifiantes, et surtout, surtout, de présence au monde. C’est d’abord une question de pertinence. Pensons ici au travail de Pops [Emmett Johns] et du Bon Dieu dans la rue. Les gens ne se sont pas trop posés de question sur le fait que Pops était un homme d’Église, l’essentiel ayant été sa présence prophétique auprès des jeunes de la rue, des exclus, des écorchés vifs.
J’aime bien l’image employée par le pape François pour parler de l’Église, qu’il présente comme un hôpital de campagne pouvant panser les plaies d’une humanité blessée, et ce en assurant un présence dans ce qu’il a appelé les périphéries. C’est-à-dire tous ces lieux où l’Église n’est pas présente ou a cessé de l’être. C’est là que se trouve l’avenir de la présence jésuite à Montréal, me semble-t-il. Comment pouvons-nous accompagner les quêtes spirituelles des Québécois et des Montréalais d’aujourd’hui? Mon discernement n’est pas complété à ce sujet. J’entends donc être à l’écoute des interpellations de l’Esprit.
En guise de conclusion, dites-nous quelques mots sur la nouvelle Province jésuite du Canada.
Je ressens beaucoup d’espoir et d’enthousiasme sur le terrain, en lien avec cette nouvelle Province. Les jésuites québécois sont généralement enthousiastes à cet égard. L’arrivée de douze nouveaux jésuites à Montréal, dont cinq novices, insuffle de nouvelles énergies spirituelles. Il faut bien sûr être attentif aux défis que cela suppose. Cela dit, je crois que la Compagnie de Jésus pourrait contribuer à ce que le pape François a appelé la spiritualité de la rencontre. De quelle manière pourrions-nous susciter un dialogue fécond avec les peuples autochtones, les immigrants ou les personnes de confession musulmane, par exemple?
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