Coordonnateur de l’apostolat social de la Province jésuite des Antilles, notre compagnon dominicain Mario Serrano SJ a passé quelques mois au Canada, où il a poursuivi son apprentissage de la langue française, tout en collaborant avec l’équipe du Centre justice et foi. Il s’envolera bientôt pour le Brésil, dernière étape avant son entrée en fonction à titre de délégué à l’apostolat social de la Conférence des Provinciaux d’Amérique latine et des Caraïbes.

Lundi dernier, Mario Serrano a prononcé une causerie devant l’équipe du Centre justice et foi afin de leur faire connaître les engagements du Centre de réflexion et d’action sociale Padre Juan Montalvo SJ, le centre d’analyse sociale des jésuites de la République Dominicaine. Après avoir présenté le Centre et ses quatre bureaux régionaux (Santo Domingo, Santiago, Dajabón, Jimaní), Mario s’est longtemps attardé à la situation des Dominicains d’origine haïtienne, et à celle des migrants haïtiens en République dominicaine. Mais non sans rappeler que c’est toute l’île de Saint Domingue qui est en crise : les deux pays sont en effet aux prises avec une mortalité élevée, avec des taux de scolarisation parmi les plus faibles dans les Caraïbes, de même qu’avec des infrastructures socio-sanitaires défaillantes (l’accès à l’eau potable et aux soins de santé demeure immensément problématique des deux côtés de la frontière, dit-il).

Sans minimiser le drame vécu par le peuple haïtien, ni d’ailleurs les nombreuses discriminations auxquelles font face les Dominicains d’origine haïtienne, il a tenu à rappeler que la République Dominicaine fait également face à un exode de sa population : deux millions de Dominicains ont pris le chemin de l’exil ces dernières années, ceux-ci s’étant établis à Porto Rico, aux États-Unis ou ailleurs dans le continent américain.

Les questions migratoires et la défense des droits humains ont été au cœur du travail du Centro Montalvo ces dernières années. Ce travail prend souvent la forme d’un accompagnement des groupes et des personnes marginalisées et fragilisées — les migrants haïtiens, les femmes et les jeunes, par exemple. Cet accompagnement repose aussi sur l’éducation et l’empowerment de ces personnes afin qu’elles retrouvent dignité et fierté. Afin de lutter contre le racisme, le sexisme et les inégalités sociales qui gangrènent la société dominicaine, dit-il.

La défense des droits humains prend aussi la forme de plaidoyers auprès des autorités politiques dominicaines et aussi d’appui aux mobilisations sociales et citoyennes. Là encore afin de lutter contre le racisme et les injustices sociales. La lutte pour la régularisation du statut des Dominicains d’origine haïtienne a été l’un des principaux chevaux de bataille du Centro Montalvo ces dernières années. Malgré quelques gains, la situation des migrants haïtiens demeure précaire, en raison de l’influence grandissante des mouvements d’extrême-droite ultranationalistes férocement opposés à une telle reconnaissance. Le centre offre également des services directs aux migrants et aux Dominicains d’origine haïtienne, qu’il d’agisse de conseils juridiques ou d’hébergement temporaire à la frontière haïtiano-dominicaine.

Le Centro Montalvo est aussi et surtout un centre d’analyse sociale. À ce titre, il analyse attentivement les politiques sociales et fiscales du gouvernement dominicain. Le centre publie une revue d’analyse sociale (Estudios sociales), de même qu’un feuillet d’information et de vulgarisation. Le Centro Montalvo anime également des ateliers et des débats en lien avec divers enjeux sociopolitiques, qu’il s’agisse de questions migratoire, de racisme, de santé publique ou d’accès à l’eau potable. L’équipe du centre travaille également en réseau avec divers mouvements sociaux dominicains et haïtiens, en plus de collaborer de manière assidue avec les autres centres jésuites d’analyse sociale d’Amérique latine, des Caraïbes et de l’Amérique du nord.

Pour en apprendre davantage sur le P. Mario Serrano, sa trajectoire personnelle et spirituelle, de même que ses engagements sociaux, nous vous invitons à lire les deux entrevues qu’il a accordées à notre compagnon Pierre Bélanger SJ, dans les pages du Brigand, en 2014 et en 2015.

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