Deux nouveaux novices au noviciat jésuite de Port-au-Prince

Deux nouveaux novices au noviciat jésuite de Port-au-Prince

Les premières impressions du noviciat de

Rocky Robenson ROGER

et de

Guerby Guichard LÉONARD

Photo: Pierre Bélanger
 

Q : Robenson et Guerby, comment s’est passé l’entrée au noviciat? La première journée?

RR : Je vais être sincère. Lors de la rentrée, je vivais un suspense, je ressentais de l’inquiétude même; j’étais devant une inconnue. C’était une expérience nouvelle dans ma vie. Mais j’avais prié et demandé à Dieu de me donner l’Esprit Saint afin de pouvoir entamer le nouvel engagement que je voulais prendre.

Arrivé ici, toute ma famille était là. On a eu la messe ensemble et après la messe on a partagé le dîner. C’était la fête. Cela a diminué la peur que je ressentais.

GL : Au seuil de mon entré au noviciat, c’était la joie parce que nous étions invités aux vœux de ceux qui nous avaient précédés, la joie de voir des novices qui ont terminé cette étape.

J’étais venu ici avec mes parents et quelques amis; l’atmosphère était très bonne pour la messe et le repas avec ma famille, mais surtout avec ma nouvelle famille, celle du noviciat. C’était une transition depuis le stage que j’avais vécu l’an dernier dans la communauté jésuite du Canapé Vert. J’avais un peu d’appréhension car durant le stage nous avions plus de liberté, pour aller en ville par exemple. En venant ici, je me suis rendu compte, après le départ de mes parents, que ça changerait :je me suis senti seul. J’allais vivre ce moment de solitude en particulier durant la première probation.

Q : Comment vos familles ont-elles réagi à votre entrée dans la Compagnie de Jésus?

RR : Ma famille était tout à fait contente de mon choix. La seule difficulté, c’était la route pour venir ici… et donc de constater que nous allions vivre aussi loin de la ville. Je leur ai dit que nous avions besoin d’un lieu de silence pour faire le discernement et découvrir la volonté de Dieu.

GL : Ma famille m’a appuyé. Quand j’étais entré au stage en Canapé Vert, j’avais pleuré et mes parents avaient pleuré. Ce fut le contraire au noviciat. Ils m’ont appuyé et m’ont donné comme conseil de bien suivre ce que le célébrant avait souligné dans l’homélie. Ils m’ont encouragé à suivre cela puisque c’était mon choix. « Vas-y en paix », me disaient-ils.

Q. : Parlons de la première probation à laquelle Guerby a fait allusion. Qu’est-ce que c’est et pourquoi cette première étape?

GL : Après le départ des novices qui avaient prononcé leurs vœux, le Maître des novices nous a annoncé que nous allions partir. J’ai eu des craintes, ne sachant pas ce que c’était que cette « probation ». Était-ce un moment « d’approbation », de test? Je me suis dit : « Je ne suis peut-être pas réellement admis. Peut-on me renvoyer? » En arrivant au Centre de spiritualité où nous avons passé douze jours pour connaître les Constitutions et les Normes complémentaires de la Compagnie de Jésus, nous avons compris que cette « première probation » était une période d’une quinzaine de jours avec le Maître des novices qui nous permet de comprendre, de manière synthétique, ce que sera le noviciat. En rédigeant ma synthèse de cette expérience à la fin des douze jours, j’ai pu prendre un recul et constater que j’avais eu une bonne présentation de ce que j’aurais à vivre au cours des deux années qui commençaient. C’était la théorie, avant la pratique.

Q : Vous avez écrit une synthèse à la fin de première probation?

RR : Je commencerais par dire qu’en entrant dans cette première probation, j’ai eu des doutes : qu’allait-on faire de moi? Si je ne suis pas tout à fait « correct », allait-on me renvoyer chez moi? Mais l’introduction nous faisait bien comprendre qu’il s’agissait d’un temps intensif de contact avec la Compagnie de Jésus. Nous apprenions « la manière de procéder » de la Compagnie de Jésus, une expression typique de saint Ignace.

Quant à la synthèse, il fallait écrire ce qu’on retenait des 12 jours de prière, de discernement et d’enseignement. J’ai écrit pas mal de choses. J’ai avoué qu’avant, il m’était difficile d’entrer dans la dynamique du silence pour voir ce que le Seigneur veut pour moi. Dans ma synthèse, j’ai dit avoir pris conscience que Dieu m’ouvrait un chemin et que j’avais à y entrer selon sa manière.

GL : De mon côté, je dirais que cette synthèse a été une occasion d’étonnement. J’ai réécrit mon autobiographique, dans le style de la Compagnie, à partir de la manière de faire de la Compagnie. J’ai aussi mentionné mon vécu durant ces jours. J’ai fait le parallèle entre ce que j’avais vécu durant le stage de l’an dernier et ce que j’entreprenais maintenant. J’ai parlé de ma vie de prière et comment je conçois maintenant certains aspects de la Compagnie, comme le Magis ignatien, un ministère nourri de savoir. J’ai compris, et je l’ai souligné dans ma synthèse, que quand on parle de l’excellence des jésuites, on pense d’abord au caractère académique, mais ça n’est pas ça du tout. Je vois qu’il faut qu’il y ait un enchaînement, un équilibre entre les différentes dimensions de la vie religieuse pour atteindre l’excellence.

Q : Vous êtes entrés dans cette expérience depuis environ un mois. Ici, à Dumay, qu’est-ce qui vous frappe surtout?

RR : Ce qui m’a beaucoup touché, c’est d’abord le lieu. C’est un lieu paisible, où le silence règne. Ça me permet d’entrer en profondeur dans ma prière. J’ai trouvé ici une famille, des gens très sympas. Ils m’ont donné la possibilité de grandir déjà.

GL : Nous connaissions les novices de 2e année. Chaque trimestre, nous venions une fois ou l’autre, faire du sport avec les novices. Depuis que je suis ici, on peut dire que ce fut une période de mise à l’épreuve, par exemple parce que j’ai dû faire du désherbage, une chose que, je l’avoue, je n’avais jamais faite, étant un garçon de la ville. J’ai appris vite : c’était dur, mais il fallait savoir en rire. Je me suis rendu disponible pour les petites tâches de la maison. J’ai aussi visité des endroits de pastorale; j’ai visité des malades, prié avec eux. Et j’ai compris qu’ici, il n’y avait pas seulement un Maître des novices qui nous disait quoi faire mais que chacun de nous doit être son « maïtre des novices » en s’assurant de grandir dans la liberté intérieure. Je pense que ça va m’aider pour l’ensemble de ma vie

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