Dans son plus récent numéro, la revue Relations s’intéresse aux alternatives à la justice punitive et coercitive. Il accorde aussi une place de choix aux traditions juridiques autochtones, dans le sillage de l’arrêt Gladue et des travaux de la Commission de vérité et réconciliation.

« Engorgement des tribunaux, judiciarisation et surincarcération des personnes marginalisées, racisées et autochtones… l’approche punitive au cœur de notre système de justice est régulièrement confrontée à ses limites et à ses abus. Au cours des dernières décennies, des approches différentes, misant entre autres sur la réhabilitation et la justice réparatrice, se sont pourtant développées. L’arrêt Gladue, rendu en 1999, a ouvert une brèche à cet égard en ce qui concerne les justiciables autochtones. Vingt ans plus tard, quel bilan en faire? Au-delà de programmes limités de justice alternative, les traditions juridiques autochtones, longtemps réprimées, ne devraient-elles pas plutôt être reconnues comme des sources de droit à part entière? Ce dossier aborde ces questions ainsi que d’autres avenues pour rendre notre système de justice plus humain… et plus juste. »

En résonance avec les engagements du pape et des jésuites en faveur de la réconciliation

Ce dossier n’est pas sans résonance avec la place centrale de la miséricorde dans le pontificat du pape François. Pensons ici à ses nombreuses visites dans les pénitenciers, son appui à la justice réparatrice, son engagement pour l’abolition de la peine de mort, ses prises de position de faveur du pardon et de la réconciliation, son appel en faveur de l’humanisation de prisons et de la réhabilitation des détenus.

Il est également en résonance avec l’engagement des jésuites du Canada en faveur de la réconciliation avec les peuples autochtones. Réconciliation mais aussi reconnaissance des langues, cultures, traditions, rites et spiritualités des Premières Nations, des Métis et des Inuit. Reconnaissance aussi des effets pervers du colonialisme, y compris sur nos institutions judiciaires: « Comme nous l’a enseigné par son processus la Commission de vérité et réconciliation du Canada, nous croyons qu’une réconciliation authentique n’est possible que dans une véritable justice. La première étape conduisant à des relations justes entre Autochtones et non-Autochtones se situe dans la reconnaissance des effets pervers et souvent cachés du colonialisme, à l’œuvre au sein de nos institutions sociales, juridiques, politiques et religieuses », notaient les provinciaux jésuites du Canada anglais et du Canada français, le 2 mars 2018, à l’issue des affaires Colten Boushie et Tina Fontaine.

Le Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or tient un Forum sur la justice alternative autochtone cette semaine. Grâce à sa collaboration, toutes les personnes participantes pourront y découvrir notre dossier sur la justice alternative et les réflexions de Hadley Friedland sur le fait que les lois autochtones devraient être reconnues officiellement aux côtés du droit civil québécois et du droit coutumier anglais, et non comme des alternatives au système de justice canadien. Un autre article signé Marie-Eve Sylvestre et Marie-Andrée Denis-Boileau plaide dans le même sens, faisant un bilan critique des rapports Gladue censés contribuer à rendre justice autrement en contexte autochtone.

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